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Exposition
Nous, venus d'ailleurs

Immigrer et travailler à la seyne sur mer

La Seyne-sur-Mer a une longue histoire d’immigration. L’exposition retrace celle plus récente et moins connue des populations immigrées italiennes, maghrébines et africaines installées dans la ville et ses environs depuis la Seconde Guerre mondiale.

Elle donne la parole à ces hommes et à ces femmes venus vivre et travailler à La Seyne-sur-Mer dans l’espoir d’une vie meilleure pour eux et leurs enfants.

Ils ont participé à l’aventure de la construction navale et au développement de la ville.

Leur présence a contribué à façonner la société civile, à enrichir la vie culturelle locale.

Partie prenante de l’identité seynoise, les migrants et leurs descendants ont toute leur place dans la mémoire collective de notre cité.

Les portraits, les thèmes ainsi que les montages sonores présentés dans l’exposition sont le produit d’entretiens et de documents personnels collectés depuis 2009.

Ils ont été mis en perspective avec les documents d’archives qui les replacent dans l’histoire locale et nationale.

Marc Vuillemot

En septembre 2011, j’inaugurais à la Maison du Patrimoine une remarquable exposition visuelle et sonore sur le thème de l'immigration à La Seyne-sur-Mer durant le XXe siècle.Cette exposition, conçue pour être itinérante, a été ensuite accueillie par le centre socioculturel Nelson Mandela de la fin janvier à la fin février 201 3.

Dans ces deux lieux, elle a connu un beau succès.Organisée autour de témoignages enregistrés, de photos et de documents d'époque, elle a attiré plus de deux mille personnes dont 35 classes de primaires, collèges et lycées, le public des centres de loisirs et des groupes de femmes. Si à la Maison du Patrimoine les lycéens ont été les visiteurs majoritaires, à Nelson Mandela lesenfants de l'école primaire ont été les plus nombreux.La réaction de ces derniers et de leurs enseignants a mis en évidence la valeur pédagogique et éducative de l'exposition.

En effet, après uneécoute collective de témoignages d'anciens des chantiers navals, très souvent d'origine italienne, qui racontent leur arrivée enfants à La Seyne à la fin des années 1950, les visites ont été suivies de rencontres et d’échanges fructueux.Ces témoignages sonores ont conduit les enfants à interroger leurs proches, et les réponses, le plus souvent celles de leurs grands-parents, ont permis à ce jeune public de faire le lien avec leur proprehistoire et d’opérer une identification bénéfique car distancée : ils comprenaient que cet enfant, racontéet montré, leur ressemblait mais que, compte tenu du contexte si différent, il était aussi très éloigné de leur réalité d’aujourd’hui.

En revanche, les jeunes enfants prenaient conscience du changement lié à l'Histoire. Cette exposition a été remarquée par le ministre délégué à la ville, François Lamy, lors de l'inauguration de la médiathèque Andrée Chedid, précisément parce qu'elle permet de relier les habitants d'un quartier à leur histoire. Pour nous tous venus d'ailleurs, c'est toute l'histoire de La Seyne qui est concernée.Cette forte expérience laisse le regret de voir que cette belle et riche exposition a été rangée dans ses cartons sans qu’un lieu nouveau n’ait pris le relais. C’est tout le mérite de ce catalogue. Il offre une vitrine pérenne à ces hommes et à ces femmes, migrants modestes et travailleurs, qui ont fait l’histoire de notre ville et une partie de son identité. Il reprend les thèmes abordés, richement illustrés des textes et des photos exposés, ainsi que la transcription de quelques témoignages qu'il a été possible d'écouter. Cependant je ne désespère pas de mener à bien le projet municipal d’un centre d'interprétation de l'histoire et de la mémoire de la Navale où cette exposition aura toute sa place. 

Marc VuillemotMaire de La Seyne-sur-Mer

Yvan Gastaut 

Ce riche ouvrage, fruit de plusieurs années d’un travail collectif, offre une approche aussi sensible que scientifique de la présence des populations «immigrées» à La Seyne-sur-Mer depuis 1945.L’association HPS a porté avec brio et passion un projet d’exposition présentée dans la salle de la Maison du patrimoine en 2011 que le présent livre accompagne. Outre un indéniable apport de connaissances, un tel travail est avant tout une aventure humaine : la démarche n’hésite pas en effet à défendre une dimension mémorielle tendant à rendre hommage aux trajectoires d’immigrés. La rencontre avec des acteurs de cette histoire, la recherche d’archives publiques ou privées, puis la fabrication du propos, les discussions autour de la scénographie, le colloque qui accompagne le vernissage et enfin l’ouvrage sont autant de moments de partage et d’intensité. Ce catalogue nous apprend l’arrivée, le travail, les conditions de vie de populations immigrées telles que les Italiens, Sénégalais, Algériens, Marocains.

Certains y ont vécu quelques temps avant de partir sous d’autres cieux, d’autres se sont installés ici, seuls ou en famille et y demeurent encore.Evoquer l’immigration à La Seyne, c’est avant tout revisiter l’histoire industrielle de la ville notamment marquée par la spécificité des Chantiers navals dont l’existence remonte au XIXe siècle. Employant de nombreuses générations de migrants, cette vaste entreprise apparaît comme un axe structurant la présence immigrée.Conditions de travail difficiles, entreprises de sous-traitance, précarité, logements insalubres, luttes sociales, maladies du travail : telles sont les réalités de cette immigration qui va marquer le territoire et l’identité locale.

Proche de l’agglomération toulonnaise, La Seyne est fixée dans les imaginaires comme une banlieue ouvrière proche des lieux de villégiature. Son patrimoine industriel est important et les migrants en sont un ingrédient non négligeable. Les femmes ont fait l’objet d’études spécifiques sous la forme d’une série d’entretiens avec des témoins qui offrent une mine d’information sur la vie quotidienne. Mais les autres archives sont utilisées : presse, télévision, archives administratives,photographies, etc L’ouvrage met en relief le passage de la génération des « travailleurs immigrés » à la génération appelée « fils d’immigrés » ou pire « jeunes immigrés » qui s’opère au cours des années 80.Le cas de la cité Berthe intégrée dans un quartier périphérique de la ville est intéressant : il met en scène la question des « grands ensembles » et les vicissitudes des « jeunes des quartiers ».

Ayant fait appel à moi pour que j’apporte mon regard scientifique sur le montage de l’exposition, Yolande Le Gallo et Andrée Bensoussan m’ont fait un beau cadeau : la possibilité de travailler sur un nouveau terrain, avec de nouvelles archives que peu ont consulté. Cette excitation de l’historien autour du document est bien réelle. Elle illustre bien une évolution des travaux historiques sur l’immigration qui, après s’être beaucoup cantonnés au niveau national ou international, s’attachent davantage au niveau local ou aux territoires. Bonne chose : de nouveaux récits en découlent, une nouvelle manière de lire et de comprendre sa ville, à travers des portraits de migrants, des associations, des évènements spécifiques, des bâtiments, des espaces de travail, des immeubles, des objets. Au final, mieux se connaître, mieux se comprendre, tel est le but de cette entreprise salutaire et rafraîchissante à laquelle j’ai eu l’honneur de prendre part. 

Yvan Gastaut
Historien 
Université de Nice - Sophia Antipolis
URMIS (Unité de recherches Migrations et Société)

La part des étrangers dans la population totale

Population totale et population étrangère à La Seyne-sur-Mer de 1926 à 2007

Pour la période des années 1930, les arrivées sont massives.Après 1945, pour une reconstruction rapide du pays, la France fait appel largement aux étrangers. Deux voire trois phases peuvent se dégager :-1945-1954 : immigration marginale ;-1955-1982 : essor des arrivées d’étrangers ;-1982 à nos jours : ralentissement. De 1945 à 1954, la main d’oeuvre locale ne suffit pas, l’immigration surtout italienne remplit ce vide. C’est un flux très modéré. En 1954, on compte 960 étrangers seulement.De 1955 à 1982, on note une accélération de l’immigration. La part des étrangers augmente à nouveau. Il s'agit surtout d'une main d'oeuvre peu qualifiée.Depuis 1982, on observe une légère décrue des effectifs étrangers. La baisse se poursuit par la suite. L’immigration a continué, c’est parce que le flux a été alimenté par les regroupements familiaux. Extrait de l'intervention de Thérèse LépineJournée d'études du 1er décembre 2011
Extrait de l'intervention de Thérèse LépineJournée d'études du 1er décembre 2011

LA DIVERSITE DES ARRIVANTS A LA SEYNE-SUR-MER

Population étrangère à La Seyne-sur-Mer de 1936 à 1982

Trois périodes peuvent être distinguées :1936-1954 : période de continuité. Les étrangers à La Seyne sont quasi exclusivement italiens ou espagnols. Les Italiens représentent 76,3 % des étrangers en 1936 et 84,27% en 1954. Ils viennent surtout de l’Italie du Sud, des Pouilles notamment.1962-1968 : les Européens dominent encore très largement (Italiens 67%, Espagnols 15%). Puis les anciennes colonies fournissent les nouveaux immigrés venus d’Afrique du Nord (Tunisiens, Algériens, Marocains) et d’Afrique noire (Sénégal).Depuis 1970, c’est une véritable rupture.L’immigration à La Seyne comme dans le reste de la France est essentiellement africaine (maghrébine, 70% de Tunisiens).Aujourd’hui, il est probable que nous avons des arrivants d’Europe de l’Est, des Tchéchènes, des Roumains, des Turcs. Cette grande diversité redonne à La Seyne son caractère cosmopolite qu’elle avait au début du XXe siècle. 
D'après l'intervention de Thérèse LépineJournée d'études du 1er décembre 2011

LA REPARTITION SPATIALE DE LA POPULATION IMMIGREE
1954 - 1968

Population totale et population étrangère à La Seyne-sur-Mer de 1926 à 2007

Les zones d’accueil de la population immigrée sont les mêmes que celles d’avant-guerre, avec toutefois une tendance à l’étalement géographique.Deux zones d’accueil principales de la population immigrée se détachent nettement : autour des chantiers navals où les I taliens sont les plus nombreux et le centre-ville

Avec la construction du quartier Berthe, il y a un glissement vers le nouveau quartier sans toutefois remettre en cause la primauté des anciennes zones d’accueil.Le centre-ville reste toujours la principale zone d’accueil, avec presque 37 % des étrangers. La 2e zone d’accueil est toujours celle située autour des chantiers avec un peu plus de 35 % des étrangers.La 3e nouvelle zone d’accueil est le quartier de Berthe avec 17,46 % des étrangers. Aujourd’hui, la localisation spatiale reste la même et il est probable que le quartier de Berthe a un poids plus important que dans les années soixante. 
Extrait de l'intervention de Thérèse LépineJournée d'études du 1er décembre 2011

Nicolas Rasoli

 «Ancien de ces  chantiers, une pièce parmi tant d’autres de cette mosaïque de gens venus d’ailleurs et qui finissent par se reconnaître dans la ville et non étrangers à la ville.»Nicolas Rasoli, Place de la LunePatrick Martinenq, 1984 En 1947, un bateau français le « Sampiero Corso » a subi des avaries, Nicolas est chargé du relevé des cotes, du tracé des formes, des gabarits, des tôles et des membrures. Il prend contact avec le commandant du bateau et « déterre » ce français appris. A sa surprise, « les mots reviennent à la surface ». Quelques mois plus tard, des recruteurs français viennent chercher des ouvriers de la construction navale.Nicolas arrive en France à la fin de l'année 1948.Aux chantiers navals, l’outillage est rudimentaire, le plancher n’est pas recouvert, les clous remplacent le manque de « plombs » pour maintenir la règle flexible.Il se demande même si ce n’est pas une mise à l’épreuve, comme pour les deux camarades repartis à Tarente. Mais non, il ne sera pas dit qu’il n’était pas à  la hauteur, au contraire. L’engagement syndical de Nicolas Rasoli a-t-il eu des résonances avec les responsabilités de son grand-père maternel « socialiste » . Dans sa riche expérience syndicale, Nicolas Rasoli aura tenté de « changer le monde de l’injustice et de la haine en un monde de solidarité et de fraternité ». 

Serge Mirra

Né à Tarente, Serge Mirra a 8 ans à son arrivée à La Seyne-sur-Mer, en 1958. La désillusion est brutale, il a quitté la grande maison bourgeoise de ses grands parents pour un tout petit meublé. Les débuts à l'école sont difficiles, il aspire à se fondre dans la masse, à « être Français ». Quand le père entre aux chantiers navals, c’est la fête à la maison. Au cours des années au lycée Beaussier, « les années bonheur », il veut être professeur de français. Mais son père atteint d'un cancer décède. Serge Mirra interrompt ses études et, à son grand regret, entre aux chantiers navals. Sa mère y travaille aussi à la couture des « gris » et des bleus de travail puis au tirage de plans. A partir de 1969, il débute une carrière ascendante grâce aux stages et aux cours du soir qu’il suit. Il découvre pendant toutes ces années un univers syndical, politique et humain qu'il ne connaissait pas et qui l'a construit. Il vit mal la fin des chantiers et les conflits internes. Après son licenciement, il exerce un nouveau métier, un vrai choix, celui de la photographie. A 54 ans, il bénéficie de l'allocation des travailleurs de l'amiante et prend une retraite anticipée. Il se met au service de tous ceux qui ont des difficultés à faire valoir leurs droits face à la menace mortelle de l'amiante.

Abdelkader Radjahi

Abdelkader Radjahi est né en 1 932 en Algérie, au village Charon prés d'Orléansville. En 1945 muni de son certificat d'études, il travaille dans une grosse entreprise de bâtiments et travaux publics.En 1957, il est ouvrier qualifié quand il part seul pour la France, bien qu'opposé au colonialisme, il ne veut pas prendre part à la guerre d'Algérie. Il fait venir sa famille après avoir trouvé un emploi à La Provençale, entreprise de construction métallique qui fabrique des pièces pour la Navale et la SNCF.S'il débute comme ouvrier spécialisé, il connait une rapide promotion et parvient à devenir chef d'équipe quand l'entreprise ferme en 1976. Une Société coopérative ouvrière de production (SCOP) se forme. Il est l'un des cinq administrateurs.

En 1985, la SCOP est reprise par l'entreprise Serra Frères où Radjahi restera jusqu'à son départ à la retraite mais trop coûteux, il subit une mise au placard et doit se contenter d'un poste de gardien. Homme engagé, il participe à la création d'une section syndicale CGT à La Provençale qui obtient des avantages sociaux, comme le 13e mois, avant même les ouvriers des chantiers.Il participe à des actions plus politiques : en 1 968, occupation de l'usine pendant un mois, en 1973 campagne de protestation antifranquiste, car il considère avoir vécu et subi une forme de fascisme dans l'Algérie colonisée de sa jeunesse. Abdelkader Radjahi a élevé sept enfants et a pu leur permettre de faire des étudessupérieures.Titulaire de la double nationalité franco-algérienne depuis peu, il regrette toutefois de ne pas avoir transmis à ses enfants son histoire et sa langue maternelle.

Ahmala Diatta 

En 1966, Ahmala Diatta, instituteur après l'indépendance du Sénégal puis cadre dans une banque, émigre en France dans l’espoir de recevoir une formation puis de retourner au pays. De fait, à La Seyne-sur-Mer, il travaille plusieurs années dans des entreprises sous-traitantes en tant que soudeur. Sa famille le rejoint. Il est embauché aux chantiers navals et appartient au groupe des soudeurs agréés. Par ailleurs, il participe à la création de l’association des travailleurs africains qui contribue à un mieux vivre à La Seyne-sur-Mer.

En 1985, il démissionne pour retourner au pays, il le regrettera. De retour à La Seyne-sur-Mer, il travaille aux chantiers navals comme intérimaire peu avant leur fermeture. Il décide alors de tenter l'aventure du travail indépendant : il crée une entreprise de placo-plâtre puis de nettoyage avant d’envisager, à la retraite, de monter une entreprise de transport au Sénégal. Il reprend le flambeau de la défunte association des travailleurs noirs en créant L’Arbre à palabres. 
« La plupart des réunions se font sous unarbre : nous avons naturellement pensé àcet emblème pour rassembler les noirs. »

A propos de L'Arbre à palabres : 

« Défilé de mode avec le couturier de mode Thierno, ateliers de danse à l’Espace Tisot, percussions et projections du festival Pistes africaines, spectacles des Enfants de la Terranga. » 

Extraits de l’article du journalLe Seynois, février 2010

Naziha Safti

Elevée dans une famille nombreuse tunisienne où filles et garçons doivent s’instruire et travailler, Naziha, arrivée en France en 1988, se met au service des autres. Riche d’expériences d’alphabétisation et de formation des femmes à Toulon et à La Seyne-sur-Mer, Naziha se lance dans l’aventure associative. Elle décide avec d'autres femmes de relever le défi de l’isolement, de la dépendance. Ensemble, elles créent « Femme dans la cité », Naziha Safti en est la présidente. « Quand je suis venue en France , nous dit Naziha Safti, j’étais bouleversée de voir que des femmes de mon  âge ou plus jeunes que moi ne savaient ni lire, ni écrire. C’était impensable. Je me disais mais pourquoi ellene sont pas allées à l’école. Et elle sont en France, quel décalage . Ca a dû être dur pour elles. C’est quelque chose que je n’accepte pas. »Extrait de « Immigrer au féminin »Journée d'études du 1er décembre 2011 
En 2001, Naziha, formatrice au GRETA, abandonne la présidence de l’association. Néanmoins, elle recrée une association d’aide et de rencontre pour les habitants de son quartier. L’association « Femme dans la cité »installe au Floréal un restaurant d’insertion pour les femmes, ouvert le midi seulement. Plus tard, il deviendra « Le Petit Prince » au Germinal. « Notre objectif est double, explique M. Benzohra, chef de projet et enseignant. Il s’agit d’une part, de développer un accueil spécifique. Il ne faut pas oublier que ces jeunes qui arrivent en France le font souvent au prix d’une grande souffrance. C’est important qu’ils sesentent bien accueillis. D’autre part, il faut les former et les socialiser. Ca se passe aussi par un travail avec les parents auxquels on explique ce qui est fait ici. Ca se passe dans un collège. Pour eux, c’est la bonne voie pour réussir. »Extrait de l'article Var-Matin 
De son côté l’association « Femme dans la cité » poursuit ses objectifs, ceux de contribuer à l’autonomie, àl’épanouissement des femmes et à la réussite de leurs enfants.

Jean Mendy

Jean Mendy, mort de l’amiante en 2005 à l’âge de 50 ans, a effectué pendant 19 ans des travaux de calorifugeage et d’isolation thermique à bord des bateaux pour les CNIM et la NORMED puis pour les Constructions navales du littoral. 

« Il y avait l'amiante qui apparaissait. Déjà on en parlait mais ce n’était pas encore sûr. Il a eu un cancer, il était tout abîmé dedans. Tous dans mon immeuble sont décédés de l'amiante. »
Véronique, veuve de Jean Mendy 

« Après tant d’années, ils sont tous décédés, ils n’ont pas profité de leur retraite. C’est maintenant qu’on essaye de refaire l’histoire. C’est la reconnaissance qui vient tardivement. On s’intéresse enfin à eux. »
Une fille 

« Beaucoup sont morts. Des Européens, des Arabes aussi. Beaucoup, on leur a enlevé le poumon . Il travaillait dans l’intérim aux chantiers, dans les moteurs, dans leschaudières dans un trou, obligé de marcher sur le ventre pour entrer. C’était l’enfer, l’amiante aussi. Ca le gratte, il est toujours chez le médecin. La laine de verre, plus l’amiante. Maintenant, sa vie est détruite. »
Une épouse 

« Tu vas voir le docteur du patronat, on te dit : tu es guéri. Tu vas au travail. Même si tu es fatigué, on te dit, vas-y. Il m’a toujours dit tu es guéri. »
Un ouvrier 

« Pour l’instant, il n'a pas développé de maladie : il est suivi, il fait des bilans. Ceux qu'on connait ne sont pas trop malades. Mais même si la personne est malade, parfois on ne le sait pas. »
Une autre épouse

Travailler puis vieillir seuls

Eux qui étaient venus « pour travailler un point c'est tout » sont toujours là, sans l'avoir vraiment choisi. Les résidents du foyer sont maintenant en majorité des « chibanis » comme on les surnomme en arabe. Vieux travailleurs immigrés, anciens travailleurs des chantiers navals mais aussi travailleurs du bâtiment, ils ont contribué à construire la cité Berthe où se situe le foyer API , en retrait, un peu à leur image. Ces travailleurs peu qualifiés ont connu une extrême mobilité professionnelle et géographique. Leur installation au foyer s'est faite à des dates différentes : les Sénégalais sont les premiers résidents puis les Maghrébins s'installent au foyer API après la fermeture des chantiers, quand ils se trouvent confrontés au chômage, à la précarité ou à un divorce. Par ailleurs, la loi leur impose de séjourner en France pour percevoir certaines de leurs allocations. La famille est restée au pays, dans la perspective d'une migration temporaire qui s'est prolongée. Le regroupement familial n'a pas été envisagé, par manque de moyens d'accueil, mais aussi parfois par le refus soit de l'épouse, soit du mari, de quitter le pays et son mode de vie traditionnel.Beaucoup alors avaient l'illusion d'un retour possible. Leur vie est rythmée par des retours saisonniers au pays, auxquels certains doivent renoncer faute de moyens ou pour des raisons de santé. 

« Le foyer AVOM, puis API a été créé par l'Office public HLM de La Seyne-sur-Mer au début des années 80, pour répondre aux besoins d'hébergement des travailleurs sénégalais salariés des chantiers navals de La Seyne. Le foyer est actuellement en cours de réhabilitation dans le cadre du plan national pour la rénovation urbaine (ANRU). Il n'a pas été conçu pour être un lieu de vie permanent. »