Depuis la fermeture définitive des chantiers navals en 1989, divers projets se sont suivis. A l’ambitieux projet MAREPOLIS (1988) succèdent celui de la municipalité Maurice Paul (1997) par la construction de l’IPFM et la création de l’IUFM, celui du candidat Patrick Martinenq (2001) et enfin celui de l’actuelle municipalité Arthur Paecht, en cours de réalisation.
| Le projet Marépolis (1988) prévoyait un Centre européen de la mer, un grand bassin d’essai, deux biosphères sur les deux petits bassins, un champ sous-marin expérimental, une zone industrielle, etc. |
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Les technologies de la mer à La Seyne-sur-Mer
En avril 2002, au cours d’une table ronde réunissant
des représentants d’associations et d’entreprises sur
le thème des technologies de la mer à La Seyne-sur-
Mer, HPS relevait les propos désenchantés de cet
ancien des chantiers pour les jeunes Seynois : « les
perspectives ne sont guère réjouissantes, les jeunes
n’auront que la verdure et la culture de l’oubli. »
Pourtant la table ronde montrait que les conditions
étaient réunies pour lui redonner espoir : des hommes
savants et passionnés, des espaces et un milieu
naturel exceptionnels, la tradition maritime seynoise,
laissaient espérer que La Seyne deviendrait une technopole
de la mer en Méditerranée associant recherche,
innovation et production.
Les archives
Les archives départementales à Draguignan conservent les
archives techniques de la NORMED ainsi que les archives syndicales
déposées par Baptistin Colonna - ancien responsable
syndical cégétiste et ancien président de l’AMIANS - au cours
de l’été 2005.
L’association Sillages a cédé à la ville de La Seyne les archives des chantiers navals qu’elle a récupérées et classées. Il en est résulté deux ouvrages, Les Pionniers et Les Conquérants.
Des Seynois possèdent des documents divers, personnels ou non, qu’il serait nécessaire de répertorier pour être récupérés à plus ou moins long terme.
A Roubaix, le centre des archives du monde du travail conserve les archives privées de la direction parisienne de la Normed depuis la création des FCM en 1856.
Outillage et machines
Outillage et machines ont quasiment disparu. Parmi ceux
qui restent visibles, citons la grue Titan installée sur les quais
de l’arsenal à Toulon. Prés du musée Balaguier, le Laborieux,
remorqueur des chantiers, commandé par Jean Piana pendant
40 ans, rouille sur sa cale depuis dix-sept ans et est
menacé de désagrégation malgré l’intérêt que certains lui
portent.
La mémoire
La collecte systématique de la mémoire ouvrière seynoise n’est pas faite néanmoins certains travaux comblent en partie cette absence. En 2002, Histoire
et Patrimoine Seynois a mené une enquête et a recueilli des témoignages
publiés sous le titre : Que sont devenus les hommes ? Une enquête sur la fin
des chantiers navals de La Seyne-sur-mer.
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| Que sont devenus les hommes ? édité par HPS | 8ème nef de Francis Lyon | L'enfance au travail. Témoignages filmés par l'association Les relais de la mémoire |
Le bâti
En novembre 2005, quelques bâtiments restent debout.
La clinique des chantiers Dernière bastide provençale du XIXe siècle de cette importance présente sur le territoire de la commune, ambulance du chantier naval puis clinique des chantiers et de la ville puis siège du comité d’entreprise et des oeuvres sociales.
L’atelier mécanique Construit en 1906 pour la fabrication des turbines à vapeur (125 m x 50 m)
Destruction de la
Rotonde (2004)
Dernier élément du long
bâtiment administratif
bordant la place
Benoît Frachon
Le bâtiment administratif (et bureau d’études) a été reconstruit après la Seconde Guerre et rénové au début des années 1970. En 1992 la plus grande partie du bâtiment est détruite, le dernier élément, la Rotonde, a été démoli en 2004.
Le patrimoine industriel seynois ne concerne pas seulement les anciens chantiers navals, l’usine des câbliers, la gare de triage, par exemple, conservent des éléments patrimoniaux.
Les chantiers du midi, chantiers privés (près du musée Balaguier)
Entre 1977 et 1980 la ville de Port-de-Bouc lance l’Opération mémoire.
Sociologues, linguistes, médecins, historiens dans une démarche originale, associés aux témoins de l’activité passée, font exprimer par l’ensemble de la population le souvenir encore très vivant du chantier naval, afin de le rendre objet de créations culturelles et de recherches scientifiques.
Martine de Boisdeffre, Conseiller d’Etat, directrice des Archives de France déclare :
« La mémoire est une forme de reconnaissance, de dignité, de partage, de pédagogie vis-à-vis de ceux qui n’ont pas connu cette histoire.[...] Ce n’est pas un but en soi, elle doit servir. [...] On ne construit pas un avenir en faisant table rase du passé. »
Journées d’études des 28 et 29 novembre 2002. La construction navale et sa mémoire. Archives et patrimoine.
Philippe Mioche, professeur à l’Université de Provence, président de l’association Mémoire Industrie Patrimoine en Provence écrit :
« Que reste-t-il de notre patrimoine industriel ? [...] Ce débat
a connu de grands ratages. Les chantiers de La Seyne ne
conservent que leurs emblèmes et ils sont pour nous un triste
exemple. [...] Ce débat ne concerne pas seulement les chercheurs
amoureux d’usines ou les passionnés des ouvriers et
des entrepreneurs. Ce sont des enjeux de société. »
Industries en Provence. Dynamiques d’hier et d’aujourd’hui. La richesse du patrimoine industriel provençal, décembre 2002, n°10.
En 1998, Ivan Kharaba, directeur de l’écomusée du Creusot pose la question :
« La Seyne-sur-Mer, un rendez-vous manqué avec la sauvegarde
du patrimoine industriel ? »
Actes du XIIe colloque national de Marseille, 26, 27 et 28 mars 1998.
L’archéologie industrielle en France, n° 32, octobre 1998.
Au 127e du CTHS (Congrès des Travaux Historiques et Scientifiques) sur le thème du travail et des hommes, Claudine Cartier, conservateur en chef du Patrimoine déclare :
« Entre patrimoine et musée, certains sites échappent à l’embaumement
pas à la mémoire. Des institutions originales ont
choisi de donner une deuxième vie à des espaces bâtis
délaissés par l’industrie. Ces lieux faisant peur, il faut la rencontre
d’opérateurs publics ou privés audacieux pour établir
avec l’architecte un programme inventif. »
127e congrès des sociétés historiques et scientifiques. Le travail et les hommes.
Nancy, 15-20 avril 2002.
La richesse du présent passé
Noël Barbe, ethnologue à la DRAC de Franche-Comté.
« Face à l’argument rebattu du projet « budgétivore », conception
réductrice de la valeur patrimoniale, prenons en compte
une « écologie » du patrimoine qui concourt au gouvernement
des hommes, à la fabrique de soi et des liens sociaux, à
l’ajustement des hommes et des choses. Capitalisons l’indispensable
richesse du passé présent. »
Présentation du colloque des 17 et 18 novembre 2005, Hayange. « Le passé
présent. Mémoire et industrie »
La conservation et la réutilisation d’anciens espaces industriels dépendent de la prise de conscience, de l’engagement d’une population et de ses élus décideurs.
La Friche de la Belle
de mai à Marseille
Vue intérieure
Matthieu Poitevin, architecte,
aménageur de La
Friche de la Belle de mai :
« Les lieux industriels sont
des lieux magiques et
vivants qui portent en eux
une force qui tient à l’utilité
passée. »
Le musée Guggenheim
Il occupe à Bilbao en Espagne
le site des ex-chantiers navals.
La condition publique
à Roubaix
Espace culturel installé
dans une usine textile
rehabilitée par l’architecte
Patrick Bouchain
Conférence de Françoise Manaranche, conservateur du patrimoine, association Histoire et Patrimoine Seynois, le 17 septembre 2005.
« La Seyne a conservé le patrimoine hérité du XVIIe au XIXe siècle.
En revanche, si on n’y prend garde, des 35 hectares occupés
par les chantiers navals, il ne restera que « deux momies
embaumées » : la porte des chantiers et le pont basculant.
« Cantine, clinique et atelier mécanique sont menacés de destruction.
« La Seyne est devenue une ville de mélange, avec des populations
venues d’ailleurs. La mémoire commune des Seynois
pourrait être celle du travail commun. Aussi est-il nécessaire de
protéger ce qui reste du patrimoine industriel en le réutilisant pour
le faire vivre. »
Journées du patrimoine des 17 et 18 septembre 2005. J’aime mon patrimoine,
l’appropriation de leur patrimoine pour les Français.
Nous demandons le tracé d’un chemin de la mémoire dans le nouveau parc paysager (parc de la Navale) entre le pont et la porte des chantiers. Il associerait l’histoire chronologique du chantier naval et les étapes de la construction d’un bateau.
Nous demandons la réutilisation de l’atelier mécanique, de la clinique et de la cantine en logements pour les étudiants, cafétéria, médiathèque, musée de la ville, centre d’archives de la construction navale française, cinémas, tout ce qui manque pour faire de La Seyne une ville bonne à vivre par tous et à visiter.
La porte des chantiers réhabilitée
Faisons vivre l’atelier mécanique
Malgré l’opposition de plusieurs associations à la démolition de la clinique et de la cantine des ex-chantiers navals, suivant ainsi l’avis de l’architecte des bâtiments de France, malgré le recours en tribunal administratif de l’association HPS dans l’espoir déçu de suspendre la démolition envisagée, les pelleteuses ont poursuivi leur oeuvre de destruction des deux bâtiments du patrimoine industriel seynois. Pour La Seyne comme pour la région PACA, comme l’affirme Marceline Brunet responsable de l’inventaire du patrimoine, « PACA a un passé industriel riche. Mais c’est aussi une grande région balnéaire et culturelle. Tout le monde préfère valoriser certains clichés : la mer, les festivals et les starlettes. »
L’atelier mécanique, seul bâtiment industriel restant, semble, pour l’instant, en voie de conservation. Le projet de réhabilitation et de réutilisation reste à inventer, nous nous y employons.