Le 1er juillet 1891, la Chambre des députés se penche sur la politique française de télégraphie par câbles sous-marins. Plus généralement, faut-il confier la construction d’un réseau public, en l’occurrence celui des télécommunications nationales au secteur privé ou au service public ? L’avenir de l’usine à câble de La Seyne-sur-mer est posé pendant la longue séance parlementaire qui se déroule ce jour là.
En 54 avant JC, Jules César est en Angleterre et transmet une lettre à Cicéron; elle parvient en 29 jours. En 1834, un citoyen britannique, alors à Rome transmet un courrier à Londres, il lui parvient 30 jours plus tard. Ainsi pendant près de deux millénaires, la vitesse d’un courrier reste liée à celle du cheval et des navires, au gré de la force et de la direction des vents. Au milieu du 19ème siècle, sur les premières lignes télégraphiques posées le long des lignes de chemins de fer, la vitesse de transmission des messages est proche de celle de la lumière. Rapidement constituées en réseaux, ces lignes franchissent les espaces et sont même reliées par des câbles sous-marins posés au fond des mers et des océans.
Le télégraphe, jusqu’alors utilisé par les forces armées et la police est mis à la disposition du public (1951 en France). Dans la plupart des pays européens, les Etats se réservent le monopole de l’utilisation du télégraphe. Par contre, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, beaucoup plus réalistes, préfèrent confier le développement des réseaux télégraphiques à des entreprises privées compte tenu de l’effort financier exigé pour construire ces réseaux à l’échelle d’un pays.
L’acheminement de messages à une vitesse proche de la lumière (220.000 Km/s) fait fi des tentatives plus anciennes utilisant la vitesse du son dans l’air (330 m/s) quelquefois utilisé par les siffleurs des Canaries, les chanteurs basques ou les tam-tams africains, ou même des tentatives visant à assurer la sécurité d’un territoire par un système de transmission de signaux de fumée utilisé par les Phéniciens, les Génois et les indiens d’Amérique.
Le 1er décembre 1852, une ligne télégraphique directe relie les bourses de Paris et de Londres en utilisant un câble sous-marin Calais – Douvres posé l’année précédente. Après un échec prometteur en 1858, deux câbles transatlantiques sont construits par une compagnie anglaise en 1866. Ensuite, tout va très vite : en 1869, la troisième liaison transatlantique est française mais la société est liquidée en 1873 et absorbée par sa rivale britannique. En 1875, les cinq continents sont reliés à Londres et cinq câbles transatlantiques sont en service entre l’Europe et l’Amérique du nord.
Le tableau ci-dessous montre l’évolution des réseaux de câbles sous-marins dont le véritable démarrage se situe à partir de 1870 (en Grande Bretagne et au Danemark), de 1880 (aux Etats-Unis) et 1901 (en France et en Allemagne).
| Réseaux (Km) | 1877 | 1887 | 1901 |
| Réseaux nationaux publics | 8.227 | 18.783 | 39.851 |
| Réseaux des compagnies | 110.282 | 189.888 | 318.014 |
| Total | 118.507 | 208.671 | 357.865 |
| Réseau britannique | 103.068 | 141.376 | 220.359 |
| Réseau américain | 0 | 30.302 | 52.180 |
| Réseau danois (GNTC) | 7.794 | 11.541 | 15.278 |
| Réseau français | 1.246 | 12.235 | 34.323 |
| Réseau allemand | 752 | 3.003 | 14.613 |
| Réseau italien | 404 | 1.137 | 1.964 |
| Autres réseaux | 5.243 | 9.077 | 19.248 |
| Total | 118.507 | 208.671 | 357.865 |
En 1871, la législation française est favorable aux implantations de compagnies d’exploitation étrangères. Le Second Empire accorde des concessions à des compagnies étrangères¨(Note 2) qui acheminent l’essentiel du trafic international. En 1877, ce réseau atteint 11.855 Km (Note 3).
Le réseau gouvernemental français (1.246 Km seulement en 1877) est constitué :
Pour poser et entretenir son modeste réseau, l’administration des P&T dispose de deux navires armés avec des équipages de la Marine Nationale : l’Ampère 1 depuis 1863, basé au Havre depuis que la Charente l’a remplacé à Toulon en 1873.
En 1877, la Troisième République ne maîtrise pas ses communications extérieures alors qu’elle envisage de se doter d’un empire colonial ; l’héritage du Second Empire est dramatique.
En 1876, Pouyer-Quertier, ancien ministre des Finances de Thiers, fonde la Société Française du Câble Télégraphique de Paris à New-York, plus communément appelée la PQ, du nom de son fondateur, et sollicite du gouvernement une concession pour exploiter un réseau transatlantique. Celle-ci est accordée mais pour obtenir le droit d’atterrir aux Etats-Unis mais le gouvernement doit s’engager à ce que les sociétés américaines puissent s’installer en France. Ce câble transatlantique est posé en 1879.
L’Etat décide également de construire l’usine de La Seyne-sur-Mer sur un terrain gagné sur la mer. Jules Grévy signe le décret d’attribution d’un terrain de 10.654 m2 le 10 janvier 1880. L’atelier de Toulon et la Charente s’installent dans un établissement neuf équipé de machines neuves achetées en Angleterre. La fabrication des câbles peut commencer : il s’agit de renforcer le réseau des câbles côtiers ; relier à l’Algérie à la Tunisie (Bône – Bizerte – La Calle (1881 – 82), construire le feston tunisien Sousse – Sfax - Djerba – Gabés - Djorf El Djorf et Djerba – Zarzis (1882 – 1885) et installer deux liaisons sur la Corse (Toulon – Ajaccio 1891) et la Sardaigne (Bonifacio – Santa Teresa 1891). En quelques années, l’usine de La Seyne-sur-Mer construit plus de 1.500 Km de nouveaux câbles posés par la Charente. Le secteur public, en construisant un réseau en Algérie et en Tunisie, soutient la politique coloniale en Méditerranée.
Le partage des tâches entre un secteur public et un secteur privé encadré par l’Etat est défini au moment du transfert de l’atelier de Toulon à La Seyne sur Mer. A l’Etat, le réseau côtier, la Méditerranée et les liaisons franco-britanniques.
Entre 1871 et 1887, la longueur du réseau français passe de 1.000 Km à 12.000 Km, 6.000 Km de câbles achetés en Angleterre pour la PQ et 6.000 Km de câbles gouvernementaux fabriqués en partie à La Seyne. Le secteur public n’a pas failli, un câble Toulon – Ajaccio a été fabriqué à La Seyne et posé par la Charente au début de 1891. Par contre, la PQ est en difficulté puisque son président fondateur est mis en minorité et écarté par son conseil d’administration en 1891. La PQ doit répondre devant les tribunaux de sa nouvelle attitude vis-à-vis des compagnies transatlantiques, qui l’accusent de rupture de contrat. Elle se dirige vers une faillite.
La France ne maîtrise pas davantage le développement du téléphone, invention récente (1876), confiée au secteur privé. La France a accumulé les retards et les mécontentements des milieux d’affaires. Après un long débat public, la Chambre adopte la loi du 16 juillet 1889 qui met fin au monopole de fait de la SGT (Société Générale des Téléphones) dont les réseaux téléphoniques sont rachetés par l’Etat. La SGT recherche des débouchés pour ses usines et multiplie les investissements dans les Antilles (Haïti, Saint Domingue, etc). Elle fonde une filiale : la Société française des télégraphes sous-marins (SFTSM) pour relier tous les réseaux des îles par des câbles sous-marins. Mais en 1891, la SFTSM rencontre des difficultés pour rentabiliser l’ambitieux réseau construit dans les Antilles. La SGT, son actionnaire principal, se tourne vers l’Etat en faisant remarquer qu’elle avait construit l’usine de Calais et acheté le câblier François Arago pour satisfaire les besoins de l’Etat et de la politique coloniale.
Le débat du 1er juillet s’inscrit dans un contexte politico-industriel complexe et le ministre du Commerce et des P&T, Jules Ribot, est député du Var. En souhaitant confier la construction des deux câbles Marseille – Oran et Marseille – Tunis au secteur privé, il songe à la SGT (Société Générale des Téléphones), et à un nouveau venu, l’industriel Grammont, qui projette d’installer une usine à Saint-Tropez. Dans cette hypothèse, le gouvernement modifie l’équilibre entre secteur public et privé institué en 1863 et pérennisé en 1880 avec la construction de l’usine de La Seyne- sur-Mer.
L’affaire traîne depuis plus de deux ans, car les industriels refusent les conditions techniques de l’appel d’offres rédigé par les services du ministère des P & T. Il s’agit de spécifier un isolement inférieur à 1.000 mégohms pour se prévenir contre l’utilisation de la résine isolante qui s’échappe du câble avec le temps. L’année 1890 est utilisée à la rédaction de conditions techniques acceptables par le constructeur. Dans cette affaire, la SGT a retardé la mise en service des deux câbles attendus, sans doute pour que l’usine de Calais soit complètement opérationnelle.
Le député Bastid, rapporteur du budget, ne maîtrise pas bien ce dossier technique. Or, la commission doit présenter une politique de câbles sous-marins visant à définir des mesures pour réduire notre retard par rapport à la Grande Bretagne. Il cède ce dossier au jeune député socialiste de Paris Etienne Alexandre Millerand, élu pour la première fois en 1884.
Pour celui-ci, l’objectif est simple : Comment mieux au mieux utiliser l’argent public ? Alexandre Millerand reprend et approfondit le dossier de son prédécesseur. Il demande un devis au directeur de l’usine de La Seyne et se déplace à La Seyne. Lorsqu’il se rend à La Seyne le 11 mai, il vient de dénoncer vigoureusement à la tribune de l’assemblée le massacre de onze manifestants à Fourmies, le 1er mai. Sa mission à La Seyne-sur-Mer lui permet d’interroger directement le directeur (Note 5), le personnel de l’usine et celui du navire câblier la Charente. Il estime qu’ils peuvent avoir des avis différents de ceux des bureaux du ministère. Il s’agit d’un dossier politique, l’article du Vingtième Siècle en témoigne. Millerand définit l’objet de son voyage dans Le Petit Var. Jules Ribot n’est-il pas l’élu du Var ?
Alexandre Millerand emporte l’approbation de la commission sur son projet de résolution par 14 voix contre 6. Il propose :
Ce projet de résolution est en conflit avec les vues du ministre qui souhaite lancer un appel d’offres limité aux industriels français. Celui-ci inscrit le débat dans les derniers jours de la séance parlementaire, car la proposition de la commission ne satisfait pas ce vieux routier du parti Républicain. Jules Ribot ne manque pas de rappeler ses vues à ses services.
Avant le débat, Millerand convoque Morris, le directeur de l’usine de La Seyne, par la voie hiérarchique. L’entrevue est chaleureuse, car Morris reçoit deux lettres du cabinet du directeur général Mara datée des 16 et 17 juin. Il est chaudement félicité. Le ministre ne partage pas l’enthousiasme de son haut fonctionnaire car il souhaite élargir les activités du secteur industriel privé et éventuellement supprimer les activités de l’usine de La Seyne-sur-Mer.
La position du rapporteur l’inquiète car elle est en ligne avec la position traditionnelle du gouvernement : «A l’Etat la construction et l’entretien du réseau côtier et de la Méditerranée ; et au secteur privé le reste du réseau, en particulier le réseau concédé construit en Atlantique Nord et le futur réseau colonial. »
Le 1er juillet, trois députés soutenant le ministre ouvrent le feu contre le texte de la commission: Eugène Jolibois (républicain), le baron Jean Marie de Soubeyran (droite conservatrice) et le radical Frédéric Prévet. Ce sont des ténors du débat parlementaire.
Eugène Jolibois, avocat Général, Préfet et Conseiller d’Etat sous le Second Empire, est député républicain de la Charente-Maritime depuis 1876. Frédéric Prévet, maire et conseiller général de Nangis qui siége au Conseil du Figaro, homme d’affaire, propriétaire de conserveries à Meaux et en Nouvelle Calédonie, député de la gauche radicale depuis 1885. Comme Jolibois, il défend la politique coloniale du gouvernement.
Le baron Jean Marie de Soubeyran député sous l’Empire entre 1863 et 1870, représentant en 1871 et à nouveau député depuis 1876 connaît mal son dossier. Chef du Personnel au Ministère des Finances en 1854, sous gouverneur du Crédit Foncier entre 1860 et 1878, Il est élu dans la Vienne depuis 1871.
Les arguments d’Eugène Jolibois sont les suivants :
Pour Frédéric Prévet :
Un commerçant avisé s’approvisionne en matières premières en fonction des cours lorsque le produit abonde. Ce n’est pas le cas de l’Etat qui s’approvisionne lorsqu’il a besoin, déséquilibre les cours et paie plus cher.
Enfin, un Etat concède une autorisation de poser un câble à une compagnie et non à un autre Etat. Croit-on que l’Australie acceptera que la France pose un câble pour relier la Nouvelle Calédonie ? Elle accordera ce droit à une compagnie (Note 7).
Jean-Marie de Soubeyran, à la différence des autres orateurs, combat la politique coloniale, mais il est favorable aux concessions privées pour les chemins de fer et les télécommunications. Il ne connaît sans doute pas bien son dossier car il ne se rappelle plus si le crédit demandé est 5,5 MF ou 7,5 MF.
Millerand saute sur l’occasion pour défendre l’existence de l’usine de La Seyne, construite sous le ministère Cochery, qui vient de construire et installer une ligne de 350 Km avec la Corse, et qui fabrique des câbles à un prix inférieur au secteur privé. Comme elle est utilisée à reconditionner les câbles relevés après une réparation et que le réseau s’étend, elle déborde d’activités.
Camille Pelletan, ami de Clemenceau et farouche adversaire de Gambetta, Ferry et Freyssinet, pose adroitement la question qui divise les républicains: Faut-il supprimer l’usine de La Seyne construite par eux dix ans plus tôt ?
Bien sûr que non et Millerand retourne les arguments de ses adversaires. Lorsqu’une industrie existe, il faut la nourrir. Pour l’usine d’Etat, les réparations sont quotidiennes.
L’usine travaille à un prix plus réduit que le privé. Par exemple, pour réparer le câble Marseille - Alger en 1871, un entrepreneur privé demande une provision de 100.000 francs avant de commencer les travaux. La réparation du câble par La Charente ne coûte que 80.000 francs.
La différence entre les opposants et la commission porte sur l’utilisation de 2 MF que nous affectons au remplacement de la Charente. Ce navire, construit en 1862 en Angleterre, doit être remplacé. Ce crédit de 2 MF sera représenté l’année prochaine ou dans deux ans s’il n’est pas voté aujourd’hui. Cette demande s’appuie sur un document remis par Baron, directeur de la construction et de l’exploitation électrique à Bastid, précédent rapporteur de la commission.
Il y aura dans deux ans cinq câbles sur l’Afrique du nord et trois sur la Corse. De nombreuses réparations sont à attendre et le budget tunisien prendra en charge 0,5 MF du coût d’un navire neuf.
La question fondamentale est la suivante : Veut-on remplacer La Charente ou préfère t-on attribuer une subvention de 2 MF à l’industrie privée ? Il s’agit, plus précisément de SGT/SIT, seul constructeur français, puisque le deuxième industriel, la société Menier n’a pas d’outil industriel et sert de faire valoir.
Le ministre Jules Roche, journaliste, qui a collaboré à La Justice de Clemenceau dès sa fondation, a été élu député de Draguignan en 1882 avec l’étiquette radicale. Opportuniste, il s’est séparé de Clemenceau pour se faire élire en Savoie en 1885 avec l’étiquette républicaine. C’est un spécialiste des affaires financières, longtemps rapporteur du budget des Finances, qui excelle dans la pratique des chiffres et brouille le débat en insistant sur la vanité des chiffres présentés par les intervenants. Pour lui, la question est simple. L’affaire est en discussion depuis trois ans et le débat technique est terminé. L’intérêt supérieur de l’industrie, de la colonie exige ces câbles car il faut cinq heures pour atteindre l’Algérie alors que Londres atteint l’Inde en 25/30 minutes. On cite 0,5 MF ou 1,5 MF pour réparer le navire, 1,8 MF ou 2,5 MF pour construire un câblier neuf, 3,5 MF ou 4,2 MF pour construire les deux câbles selon que l’on s’adresse à un service ou un autre mais la question n’est pas là.
L’Angleterre a une industrie et il convient de suivre son exemple. J’ai fait venir le directeur de La Seyne, ajoute-t-il, et lui ai demandé de me garantir les chiffres avancés pour m’engager devant vous. Je ne le peux pas.
En fait, le ministre fait souvent état de documents dont la commission n’a pas eu connaissance, ce dont s’étonne Millerand. Par exemple, lorsque le ministre précise que trois sociétés différentes sont intéressées, Menier, SGT/SIT et une troisième établie dans l’Isère et qui construira une usine entre Toulon et Marseille. On procédera donc à un véritable appel d’offres entre trois compagnies françaises dans l’intérêt de la France. Il provoque encore l’étonnement du rapporteur qui n’a pas été informé de ce troisième constructeur. Pour clore le débat le ministre indique que l’usine de La Seyne-sur-Mer sera cantonnée dans son rôle de remise en état des câbles relevés sur réparation et de petits câbles côtiers. L’usine est sauvée.
Dès lors, le président de la Chambre peut clore le débat et passer au vote.
Deux textes sont proposés. Ils diffèrent de cinq mots :
Art 1 : Il est ouvert au ministre du commerce, de l’industrie et des colonies (2ème section) sur l’exercice 1891, un crédit extraordinaire de 5.500.000 francs pour l’établissement des lignes sous-marines de Marseille à Tunis et de Marseille à Oran, et qui sera inscrit à un nouveau chapitre 27bis et intitulé : « Etablissement par l’usine de La Seyne, de lignes sous-marines entre Marseille et Oran et entre Marseille et Tunis.
Art 2. Il sera pourvu à cette dépense au moyen des ressources générales du budget ordinaire de l’exercice 1891.
Le texte prévoyant la construction à La Seyne-sur-Mer est repoussé par 293 voix contre 223. Le texte amputé de la référence à La Seyne-sur-Mer est accepté par 317 voix contre 162.
Mais le débat avait démontré tout l’intérêt de l’usine de l’Etat. Outre le recyclage des câbles usagés et la construction de liaisons neuves, elle permettait d’analyser les prix offerts par les industriels quand il était fait appel au secteur privé. Dans les années qui suivent, la quasi-totalité du réseau construit sera attribué aux deux industriels français.
En 1892, la société Grammont construit une troisième usine de fabrication de câbles sous-marins à Saint-Tropez, aux Canoubiers. La construction des deux câbles sur l’Afrique du Nord sont confiés à la SIT (Marseille – Oran 1892) et à Grammont (Marseille – Bizerte – Tunis 1893), posés par le navire câblier François Arago de la SIT. A partir de 1893, le réseau français s’étoffe avec la mise en service de la liaison Australie – Nouvelle Calédonie (1893), puis Madagascar – Mozambique (1895), New York – Haïti (1896) et Brest – Cap Cod – New-York (1898). Le programme des usines affiche complet.
Le secteur concédé est en difficulté. La PQ ne se remet pas de l’erreur stratégique commise en éliminant le président Pouyer-Quertier puis en quittant le pool des compagnies alliées au bénéfice de la compagnie américaine Commercial Cable. Quant à la SFTSM, elle dessert les Caraïbes, une région en crise (crise du sucre) et desservie par deux compagnies anglaises et la Western Union. L’Etat doit intervenir, regrouper les actifs des deux compagnies au sein d’une nouvelle société : la Compagnie Française des Câbles Télégraphiques (CFCT), à compter du 1er janvier 1896).
Le 24 juin 1899, Alexandre Millerand sera nommé ministre du Commerce, de l’Industrie et des P & T du gouvernement Waldeck Rousseau, l’un des plus longs ministères de la Troisième République (22 juin 1899 – 7 juin 1902). Le président du Conseil (qui a défendu la PQ dans son procès contre les membres du Pool) et Millerand défendront l’intérêt national. Lorsque la CFCT est pratiquement en faillite et qu’il convient de sauver le réseau concédé d’un transfert à l’étranger ou de la faillite pure et simple, Millerand se heurtera encore aux intérêts des industriels. Cette fois, Il n’y aura pas de débat à la Chambre mais chaque année le ministère des P & T étoffera le réseau gouvernemental, ouvrant de nouvelles lignes de crédits pour l’achat de nouveaux câbles … au meilleur coût.