Regards sur l'histoire de La Seyne-sur-mer no. 5

Editorial

Quand « hier » aide à construire « aujourd’hui »

Lorsqu’ils évoquent un passé qui leur est cher, les chroniqueurs, trop souvent, ont tendance à verser dans la nostalgie larmoyante. Ce n’est pas le cas de l’association Histoire et Patrimoine Seynois. Comme on le verra ci-dessous, les animateurs de cette association, certes, parlent du temps jadis, ou de naguère, avec émotion, et même avec tendresse. Mais ils se gardent de pleurer sur les années écoulées. Ils mettent en valeur ce qu’elles ont contenu de positif, pour, en quelque sorte, prendre un nouveau départ. « Une certaine Seyne qui a ses mérites, a vécu, semblent-ils nous dire ; inspirons-nous de ses meilleurs aspects pour aider à bâtir La Seyne de demain. Mettons en valeur les efforts de nos prédécesseurs, mais que leur exemple ne reste pas un simple objet d’admiration ! Il doit entraîner chez nos contemporains, le désir, la volonté de faire aussi bien et mieux, si possible, que leurs devanciers. »

Car la Mémoire (avec un grand M), loin d’inciter à la tristesse et de générer l’impuissance, doit faire des Seynois d’aujourd’hui les créateurs de demain, dans tous les domaines. Tel est le credo de ceux et celles qui animent HPS. Même si l’histoire de leur ville les passionne, ils ont les deux pieds bien campés dans leur siècle et ils accueillent les temps modernes à bras ouverts.

Voici, d’ailleurs, pour illustrer ce propos, les interventions que les fidèles adhérents d’H.P.S. ont pu entendre au cours du colloque du 6 novembre 2004 – interventions qui, justement, avaient pour thème : Innovation et tradition, économie, culture, éducation.

Clément PHILIPPON a choisi de traiter l’un des aspects caractéristiques de La Seyne au 18ème siècle : « Entre terre et mer, le métier de marin». Il montre que beaucoup de marins de cette ville, à cette époque, arrondissaient les maigres revenus que leur apportait la mer en exerçant, sur de minuscules terrains leur appartenant, des activités agricoles. « L’image du paysan-matelot, explique-t-il, était une réalité, du moins dans la deuxième moitié du 18ème siècle. »

Lucas MARTINEZ, lui s’intéresse à « L’Age d’or de la rade : la construction navale, La Seyne et la Marine nationale, deuxième moitié du 19ème siècle ». Il fait revivre les grands noms de cet âge d’or : Dupuy de Lôme, Aimable Lagane, Gustave Zédé, Noël Verlaque, noms qui figurent encore aujourd’hui sur des plaques de rues, mais sont ignorés de la plupart des Seynois d’adoption. A propos de Noël Verlaque, Lucas Martinez souligne qu’il s’agit d’un cas exceptionnel : simple ouvrier à l’Arsenal, il gravit tous les échelons au chantier de La Seyne pour en devenir l’ingénieur en chef.

Gérard FOUCHARD évoque la mémoire d’Alexandre Millerand, qui fut président de la République, mais, à l’époque considérée (1891), n’était que député (socialiste) de Paris. Son intervention à la Chambre des députés sauva l’usine des câbliers de La Seyne-sur-mer de la suppression dont elle était menacée.

Enseignant du privé, Lionel ROOS-JOURDAN a retracé l’histoire de l’Institution Sainte-Marie de 1914 à 1945. Pittoresque, émaillée de citations de journaux d’élèves, cette évocation, d’une totale sincérité, ne cache rien des réalités. On serait tentait d’écrire que c’est avec candeur que Roos-Jourdan montre l’enthousiasme avec lequel enseignants et élèves accueillirent « la Révolution Nationale » de Pétain, en 1940. Mais, en 1943, les thèmes de la Révolution Nationale, dit-il, sont traités (dans le journal de l’établissement) avec un humour narquois. A Sainte-Marie, comme ailleurs, les yeux, semble-t-il s’étaient dessillés…

La valeur de la contribution de Robert BONACCORSI sur l’histoire culturelle de La Seyne dans la seconde moitié du 20ème siècle est exceptionnelle. Il est vrai que le sujet est vaste, et que l’auteur aborde une multitude de sujets. Il refuse pourtant de faire allusion au rôle central qu’il a lui-même joué dans la plupart des activités auxquelles il se réfère. Il rend un bel hommage au poète Pierre Caminade, infatigable animateur de la revue « Etraves », disparu il y a quelques années.

« La chronique (de l’action culturelle) doit se penser dialectiquement[…] Nous sommes ici[…] dans la constitution d’un patrimoine commun qui se pense au futur et se conjugue au présent », conclut-il.

La dernière intervention, celle d’Irma BREIL, avait trait, elle aussi, à la culture, mais telle qu’elle se pratique en un lieu précis, le quartier Berthe. Il est bien dommage que ceux à qui le nom de Berthe est synonyme d’insécurité et de mépris des lois aient brillé par leur absence au moment où Irma a rendu compte d’un véritable événement culturel : l’exposition, dans l’école André Malraux, des œuvres produites par des enfants et des adolescents, en présence de deux peintres notoires, Solange Triger et Serge Plagnol, qui n’avaient pas craint de présenter leurs propres œuvres au milieu de celles des élèves.

Irma Breil s’est littéralement immergée dans cette exposition hors normes, où les petits artistes ont pu s’exprimer en toute liberté, tout en prêtant l’oreille aux conseils dispensés par Serge et Solange. Cette dernière, d’ailleurs, cite avec à propos une lettre de Vincent Van Gogh, qui, en 1888, écrivait à sa sœur : « Il faut peindre les aspects riches et magnifiques de la nature. Nous avons besoin de gaieté et de bonheur, d’espérance et d’amour. » L’exposition tout entière illustrait ces phrases inspirées. Elle avait pour titre un vers tiré d’un poème de Marcel Miggozzi : « Sans agir, la couleur douterait.» Irma Breil sut à merveille rendre palpable son admiration pour cette exposition pas comme les autres. Elle fut, elle aussi, très applaudie.

Maurice Oustrières,
président de l’ANACR

Sommaire 2004