Evoquer l’histoire de la vie culturelle seynoise (je dis bien évoquer, car il ne s’agit ici que de proposer quelques pistes de recherche), relève d’une démarche double, tout à la fois factuelle et mémoriale, (de préférence à mémorielle, trop connotée aux données informatiques) prenant en compte les éléments concrets, mais également l’air et la fuite du temps. Les sources de l’action culturelle sont le plus souvent multiples, diffuses, occultées ou méconnues. Elles s’avancent volontiers masquées, peuvent apparemment se tarir, pour resurgir avec vigueur de façon décalée des années plus tard. Ce propos s’articule donc sur une interrogation : pourquoi La Seyne a permis l’émergence à un haut niveau du jazz (citons depuis 1985, le Festival de Jazz du Fort Napoléon), des pratiques théâtrales (avec depuis 4 ans un Festival du Cirque Contemporain, accompagné depuis 2 ans par des rencontres autour des Arts de la Rue, et des arts plastiques), avec la Galerie d’Art « La Tête d’Obsidienne », et la Villa Tamaris). Les deux dernières activités relevant dès à présent ou dans un futur proche, de la Communauté d’Agglomération Toulon Provence Méditerranée.
Nous parlons ici des prémices de l’intervention des municipalités dans la vie culturelle. Cette compétence qui aujourd’hui apparaît naturelle et constitue un soutien fondamental à la création et la diffusion, n’allait pas de soi dans l’immédiate après-guerre où le souci principal était la reconstruction. Rien ou peu n’avait été réalisé dans ce domaine durant les décennies précédentes. Il existait déjà une vie associative très riche (La Seynoise, l’Avenir Seynois, Le Cercle des Travailleurs, l’Artistique, La Garibaldienne…) qui ne recevait que peu ou pas d’aide publique, les salles de spectacle relevaient du privé : l’Eden Théâtre à la place de la Lune, le Théâtre des Variétés rue Camille Pelletan (avec la famille des mimes Onofri), le Petit Casino… « Sans grands artistes et sans clients » (Note 1).
Les jugements rétrospectifs sur cette période seront sévères, ils révèlent la différence radicale d’approche sur cette question. Citons Alex Peiré, qui fut adjoint au maire et doyen du Conseil Municipal après-guerre, qui déclarait ainsi en 1963 :
Pour mettre en œuvre une action culturelle digne de ce nom, il est indispensable de conjuguer une volonté artistique (presque une kunstwollen, tout au moins un désir, une détermination, un besoin de prendre en compte la réalité culturelle du temps), une volonté politique (donc une claire compréhension de l’importance du fait culturel dans le développement de la cité), qui doivent se prolonger par un exécutif (des structures qui dans l’ordre chronologique prendront la forme d’un comité des fêtes, d’un office municipal de la culture et d’un service municipal des affaires culturelles, les trois cohabitant quelquefois selon les périodes), et des locaux appropriés. Sans oublier les moyens financiers qui trouveront leur ligne budgétaire particulière dans les années 1970. La volonté politique existait dès 1947, principalement sous l’impulsion de Toussaint Merle (Note 3). Dès 1948, un Comité Permanent des Fêtes était créé, avec comme président Paul Pratali. A compter de mai 1976, il sera remplacé par Jean Passaglia qui passera lui-même le relais à Jacques Brémond quelques années plus tard.
Restait la question des espaces consacrés à la culture. Citons encore Alex Peiré : « Avant 1947 et jusqu’en 1958, date de l’inauguration de la Maison Commune, aucune salle de spectacle n’existait dans notre commune en dehors de deux cinémas qui ne possèdent ni scène, ni loges pouvant recevoir décemment une troupe théâtrale ou de danseurs, ou encore de musiciens. » (Note 4)
La Salle des Fêtes de l’Hôtel de Ville inaugurée le 4 janvier 1959, a constitué le tremplin indispensable au développement de la culture à La Seyne (Toussaint Merle parlait le 20 février 1959, lors du vernissage de l’exposition d’Olive Tamari de « point de départ d’une vie culturelle et artistique que notre ville ne connaît pas encore ») avec très vite, de grandes ambitions au niveau des arts plastiques mais également pour le théâtre. En effet, la même année, une expérience originale de décentralisation théâtrale était proposée dans notre ville autour de Georges Arnaud et de sa pièce Maréchal P.
Georges Arnaud était surtout connu grâce au succès du Salaire de la peur publié en 1950. Le romancier s’était essayé en 1954 au théâtre avec Les aveux les plus doux et souhaitait récidiver avec une pièce mettant en scène le régime de Vichy. Publiée aux Editeurs français réunis en 1958, la pièce n’arrive pas à trouver un théâtre. Par l’intermédiaire d’Henri Megglé, ancien présentateur à la Radio Diffusion Française (licencié pour raison politique) installé à Ollioules comme bouquiniste, Georges Arnaud rentre en contact avec le maire de La Seyne, Toussaint Merle, grâce également à l’appui du député de Marseille François Billoux et d’Aragon. C’est Jean Passaglia, président du comité des Fêtes qui assurera l’organisation du spectacle tandis que Henri Megglé et Ernest Sello représenteront l’auteur et la troupe de comédiens ( Note 5). Ce dernier prévoit un impressionnant comité de parrainage : Yves Montand, Simone Signoret, Gérard Philippe, Serge Reggiani, Picasso… En fait, seuls Claude Bourdet et Jean-Paul Sartre répondront favorablement en se portant caution jusqu’à respectivement 100.000 et 50.000 francs en cas de déficit et le dessinateur Jean Effel réalisera l’affiche. La presse nationale annonce et commente l’événement : Le Monde, Le Canard Enchaîné, Libération, l’Humanité, l’Express… Les journaux régionaux également. Le Petit Varois-La Marseillaise lui consacre dix articles dont la plupart de Roger Colombani. Le Provençal rend compte, Le Méridional met en garde contre «la présentation de cette pièce qui risque fort de provoquer des réactions menaçantes pour l’ordre public ». Parmi les comédiens, on note la présence de François Maistre, fils de A.M. Julien, directeur de l’Opéra de Toulon, de Lucien Raimbourg, d’Alain Mottet, d’André Thorent et Paul Crauchet. Pourtant des problèmes financiers vont perturber la belle ordonnance du spectacle. En effet, Ernest Sello n’a pas eu les moyens de ses ambitions et propose à la ville de signer des contrats en blanc, ce que bien évidemment elle refuse. La pièce doit être jouée à partir du 28 août 1959. Le soir de la répétition générale, les acteurs sont en grève. A 18 heures, ils acceptent de reprendre le travail car la mairie a débloqué 30.000 francs à titre d’avance. Le soir de la première, les négociations reprennent ; c’est la municipalité, une fois encore, qui débloque la situation et le rideau peut se lever à 21 heures. Les 600 personnes qui ont pris place dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville font un triomphe à la pièce. Hélène Cingria racontera cette soirée mémorable dans Les Lettres Françaises de la semaine suivante.
« Où sommes-nous ? Devant nous, dans une salle d’hôtel poussiéreuse –meubles Napoléon III perdant leur crin, jardinière crasseuse, fleurs en papier, tapis pelé se tiennent en conciliabule des personnages que nous ne sommes pas près d’oublier. Ce sont ceux-là mêmes qui, au temps de l’occupation allemande, pactisaient avec les vainqueurs : le maréchal « aux yeux de bleuet », le président du Conseil, son dauphin, ricanant derrière sa moustache à la mongole et sa cravate blanche, l’alerte général culotté de peau, botté de fauve, coiffé d’un képi doré, l’amiral aussi galonné que lui, le scout vieilli en short trop court qui s’occupe – et combien ! – de la jeunesse et du sport, le sinistre ministre des hautes œuvres, bottes noires, chemise bleu nuit, béret basque et moustaches à la Hitler, tous, évidemment, décorés et portant la francisque, tandis que la dactylo juchée en équilibre instable sur ses talons de bois, chaussettes blanches, jupe plissée au-dessus du genou et turban noué autour de la tête, sautille autour d’eux. Au mur, le portrait du caporal allemand qui a nom Hitler et, non loin de lui, un minable étendard tricolore orné, lui aussi, de la francisque ; dans un coin, un télétype Havas et, devant l’entrée, deux miliciens, revolver à la ceinture. Sommes-nous réellement revenus à l’époque néfaste ? La scène est d’une vérité si hallucinante que l’on entend chanter au loin Maréchal nous voilà ! Et que, par la fenêtre ouverte, montent des ordres donnés alternativement en français et en allemand ; à se demander par quel prodige nous avons pu ainsi effacer quinze années sans nous en apercevoir.
Rassurez-vous : nous sommes en 1959, dans une des plus charmantes localités de la Côte d’Azur, à La Seyne-sur-Mer, où l’on crée ce soir, 28 août une pièce en trois actes de Georges Arnaud : Maréchal P…, qui a fait accourir à la salle des fêtes des spectateurs si nombreux que si l’action n’avait pas littéralement empoigné le public, celui-ci aurait dû défaillir de chaleur. Mais le moyen de penser à autre chose qu’à ce qui se passe sur la scène quand le talent de l’auteur du Salaire de la peur fait revivre d’une façon aussi saisissante l’atmosphère d’indécision, de palabres inutiles, de cruauté, de platitude, de panique (nous sommes à la veille de la Libération) et surtout d’infernale bêtise qui nous a fait tant de mal ? [...] »
Pourtant les problèmes recommencent le lendemain soir, Henri Megglé paie de sa poche pour que le spectacle continue : « Il y a eu des drames : Sello s’est fait casser la gueule, Jean-Marie Rivière a enlevé la fille des gens chez qui il vivait à Sanary et la ville de La Seyne y a perdu des plumes, comme moi d’ailleurs, qui ai réglé une grande partie des cachets des comédiens, sans compter les costumes ». Georges Arnaud reconnaîtra le mérite de la municipalité seynoise, pionnière au niveau de la décentralisation théâtrale dans le département et souhaitera renouveler l’expérience. Vœu qui n’aura malheureusement pas de suite immédiate, mais qui sera en partie exaucé avec le rachat du dernier cinéma seynois l’ABC en 1977, qui deviendra l’année suivante l’actuelle Salle Apollinaire.
Il faut cependant noter la création en 1964 du Théâtre Moderne de la Jeunesse (T.M.J) avec comme directeur René Raybaud, qui présenta le 24 avril de la même année, toujours dans la salle des fêtes, la pièce de Jean-Paul Sartre Mort sans sépulture,, avec un grand succès public. Grâce à Henri Laporte, alors professeur de philosophie, cette toute jeune compagnie née au sein même du lycée Beaussier, y avait trouvé des locaux permanents pour ses répétitions. Initiative originale et pionnière qui, par bien des aspects, anticipait sur le bouillonnement culturel des années 68. Il présenta également le 8 mars 1969 Les fusils de la mère Carrar de Brecht. En 1972, la troupe partant du postulat de « la mort du théâtre » décida de se consacrer à la fête théâtrale, « Celle qui descend dans la rue. L’énorme kermesse avec ses parades, ses marionnettes pour les enfants, cette ambiance foraine qui rendra le Théâtre bien vivant ! bien dépoussiéré de tous les mythes qui le paralysent. Que l’acteur descende de son piédestal! que la célébration dramatique donne aux gens l’envie de participer à un Théâtre subjectif » (Note 6). (Influence différée du Living Theater, surfant sur la vague de mai/juin 68).
Edouard Pignon (2ème à gauche), Hélène Parmelin (au centre) et leur fils (3ème à gauche) ont avec joie visité l'exposition Claude VENARD en compagnie de MM. Etienne Jouvenceau, conseiller municipal, Pierre Caminade, vice-président de l'O.M.C.A. et J. Ravoux, secrétaire de l'O.M.C.A.
(Etraves, no. 15, été 1971)
En 1967, avec 23 autres associations culturelles, le T.M.J fut l’un des membres fondateurs de l’Office Municipal de la Culture et des Arts, une fois encore sous la direction de Jean Passaglia. Cette nouvelle structure marquera une étape importante dans le développement de la cohérence des pratiques culturelles dans notre ville. L’OMCA avait pour but « d’encourager, de développer, de coordonner les différentes activités culturelles sur le plan municipal, et de promouvoir un équipement socio-culturel » (Note 7).
La revue de l’Office Etraves accueillera jusqu'à sa disparition en 1978 des signatures prestigieuses : François Cruciani , Pierre Gamarra, Jacques Girault, René Merle, Hélène Parmelin, André Remacle, Alex Toursky, Jean-Max Tixier, Luc Estang, André Daspre, avec des couvertures réalisées par Arnal, Van Rogger, Olive Tamari, Edouard Pignon, Albert Ayme, Claude Venard, Michèle Dolfi-Mabily, Théo Kerg , Jean Lézin, Jean Arène, etc. Il faut souligner ici, le rôle de Jean Ravoux qui assura le secrétariat de l’OMCA et la direction de la revue Etraves jusqu’en 1975, période charnière où Jean Sprecher assurera la transition qui verra la création du Service des Affaires Culturelles. Jean Ravoux baryton de talent, chroniqueur, journaliste fut un ami proche de Pierre Caminade qui lui rendait hommage en ces termes : « Il aimait les artistes, les écrivains et en eux le désir d’approfondir leur art et leur volonté de fraterniser » (Note 8).
Le poète Pierre Caminade s’était installé à la Seyne en 1954. Parallèlement à son travail d’écriture et ses activités journalistiques, il va s’investir dans le champ culturel, en tant que collaborateur, programmateur, concepteur, directeur artistique (toujours bénévole) auprès des municipalités successives, dirigées par Toussaint Merle et Philippe Giovannini, aux côtes de Jean Passaglia et Jean Ravoux. Il faut souligner ici son rôle déterminant dans l’élaboration progressive d’une politique culturelle municipale cohérente qui s’incarnera dans la Semaine puis le Mois des Arts. Pour les arts plastiques, ses talents de commissaire et de critique permirent à toute une génération d’avoir une approche directe et sensible des pratiques artistiques contemporaines, de découvrir par exemple, les œuvres d’Olive Tamari, d’Etienne Blanc, de Claude Venard, d’Albert Ayme, de Théo Kerg, de Michèle Dolfi-Mabily, d’Edouard Pignon (Marie-Paule Nègre, photographe, qui a exposé il y a peu à la Villa Tamaris, me confiait que l’un de ses chocs esthétiques majeurs fut la visite de cette exposition en mars/avril 1969), et de dizaines d’autres artistes, créant une tradition féconde faite d’absence de dogmatisme, de soutien à la création, de confrontation des écoles. « Le mouvement en art n’est pas dehors, il est dedans, dans l’apparence immobile. Le mouvement et la sensibilité et notre chair, dans le renouvellement des âges et des époques, ils sont sur la toile, par les formes et les couleurs », écrira-t-il en 1969 dans Etraves (Note 9). Sur les quarante-deux numéros publiés de 1967 à 1976, vingt-neuf proposent des articles de et sur Pierre Caminade. Témoignage des multiples liens du poète avec cette revue associative et singulière, dont il saluait le troisième anniversaire dans un éditorial en forme de bilan : « Des événements culturels et artistiques, d’une importance nationale, voire internationale, se sont produits à La Seyne-sur-Mer depuis 1959, date à laquelle était inauguré l’Hôtel de Ville et ouverte la salle des fêtes, sous l’impulsion de la municipalité, du maire Toussaint Merle, décédé cette année et du comité des fêtes. Mois des Arts, expositions, concerts, représentations théâtrales, se sont succédé. Il en est résulté une partie de conscience, point aussi large qu’on la souhaite encore, mais active. En témoignage, entre autres, la création des Ecoles Municipales des Beaux-Arts et de Musique, le rajeunissement de la bibliothèque, la naissance de troupes théâtrales, d’une section des Jeunesses Musicales de France. Cette activité a eu une influence indirecte peut-être, mais certaine, sur le foyer socio-éducatif du lycée. Etraves a dû tenir compte de tous ces changements » et il ajoutait : « Etraves, qui est diffusé en France dans de nombreux centres culturels et lu par de nombreuses personnalités, est le principal moyen de communication littéraire de la chose seynoise avec la France, et donne à la ville de mer aux quarante collines […] une image, dont il incombe à tous de parfaire la séduction.»(Note 10) Il déclinait ainsi fidèlement le journal de la tendresse qu’il portait à La Seyne, à la ville et aux habitants, à la cité.
La Seyne deviendra grâce à cette démarche volontariste (évoquons encore l’exposition consacrée à Daumier en 1963 et celle consacrée aux architectes de la ville : Contact avec nos architectes du 20 juillet au 30 août 1973) un lieu de référence qui donnera à une toute jeune génération le goût des arts plastiques, aidé en cela par l’Ecole des Beaux-Arts dont les premiers cours voient le jour parallèlement dès 1960.
La salle des fêtes continuera à programmer des expositions jusqu’en 1985, pour ensuite se voir progressivement supplantée par la galerie d’Art « La Tête d’Obsidienne », installée dans un premier temps avenue du Docteur Mazen, pour ensuite trouver son siège actuel au Fort Napoléon en 1989. La Villa Tamaris après une première tentative conflictuelle entre 1992 et 1995, inscrira son action dans la continuité d’un centre d’art à partir de 1995.
Nous avons vu combien le développement de l’action culturelle est lié à l’existence d’un lieu, en l’occurrence la salle des fêtes de l’hôtel de ville, salle polyvalente donc, accueillant aussi bien des expositions que des conférences, des concerts, des bals, des cérémonies festives et officielles.
Cette diversité deviendra très vite un obstacle. En effet des pratiques culturelles professionnelles se doivent de trouver des outils adaptés, particulièrement pour la musique. Cette carence peut expliquer les difficultés pour inscrire cette pratique dans la durée.
Le jazz existe à La Seyne-sur-Mer, sinon depuis toujours, tout au moins depuis des décennies (son histoire reste d’ailleurs à écrire) de façon permanente mais discontinue. Sa présence permanente en filigrane, (en dépit des difficultés objectives évoquées plus haut) trouve son origine dans une sensibilité particulière et la conscience diffuse d’avoir participé indirectement à l’histoire de cette forme musicale majeure.
Comment ne pas évoquer ici, la personnalité de Louis Vola, contrebassiste, né à La Seyne le 6 juillet 1902 et mort le 15 août 1990. Né de parents Piémontais, il passe son enfance à Gènes, puis en France. Il étudie le solfège, le violon et la batterie. Il joue très vite dans les orchestres de la Côte d’Azur et monte à Paris dans les années 1920, où il poursuit sa carrière de musicien dans les bals musettes le week-end, tout en travaillant pour gagner sa vie chez Citroën. Il part en Yougoslavie de 1925 à 1928, apprend l’accordéon et la contrebasse qui deviendra son instrument de prédilection. On le retrouve aux côtés de Django Reinhardt, dans un enregistrement Gramophone du 28 mai 1931 (Louis Vola et son orchestre du Lido de Toulon interprétant des airs à la mode). Date décisive. Tout laisse à penser en effet que c’est à ce moment que Django Reinhardt découvre le jazz, grâce au peintre Emile Savitry, qui lui fait écouter à Toulon des enregistrements de Louis Amstrong, Duke Ellington et bien d’autres.
Les biographes se partagent sur le fait de savoir si la révélation du jazz se fit immédiatement après l’enregistrement avec Louis Vola ou quelques semaines plus tard. Quoi qu’il en soit, cette rencontre décisive pour l’histoire du jazz compte-tenu de l’importance historique du guitariste manouche, s’effectuera bien dans une proximité musicale avec le Seynois Louis Vola. Il retrouvera en 1932 à Cannes, puis à Paris à l’hôtel Claridge. De ces orchestres naîtra le quintette du Hot Club de France dont Louis Vola partagera les activités jusqu’en 1939. Il jouera notamment aux côtés de Benny Carter, Coleman Hawkins, Bill Coleman, puis dans l’orchestre de Ray Ventura qu’il accompagnera en Amérique du Sud en 1941. Il restera en Argentine jusqu’en 1948, et finira sa carrière en France.
Ainsi, dans le creuset seynois se sont trouvées des personnalités pour participer pleinement à l’aventure du jazz d’avant-guerre.
Au début des années 1950, un autre jeune musicien (accordéoniste puis saxophoniste) Bob Garcia jouera avec Django Reinhardt à Toulon, renouant ainsi le fil d’une histoire du jazz qui reste à écrire précisément.
Cette continuité, cette tradition souterraine, ces rencontres improvisées, cette permanence de l’éphémère, permettent de saisir l’esprit même du jazz. Elles ont créé un état d’esprit que nous retrouvons dans les programmes du comité des fêtes et de l’OMCA. Les concerts de jazz programmés sont souvent pédagogiques, en liaison avec les Jeunesses Musicales de France (J.M.F).
Citons les concerts du 6 avril 1967 avec Pierre Sim et son Jazz Group, l’Irakli Jazz Band le 7 décembre 1967, de Marc Laferrière, le 18 janvier 1973 « évolution et actualité du jazz New Orléans », et celui du 4 mars 1970 qui est presque prémonitoire « du New Orléans au free jazz » avec Jack Dieval et son quartet. Evoquons également les prestations des Double-six en 1962 et de Sonny Criss, Kenny Clarke, accompagnés par deux musiciens que nous allons retrouver régulièrement à la salle Apollinaire J.B Eisinger et R. Luccioni. (Note 11)
dessin Van ROGGER - no. 26, dessin Jean PARENTE
no. 37, dessin Jean ARENE - no. 32, dessin Olive TAMARI
En effet, à partir de 1978 la salle Apollinaire va devenir l’une des scènes les plus actives de la région.
Témoignage de cette continuité : le premier concert d’octobre 1978 avec Jo Vallon et les Saxs du Sud, comme un trait d’union entre un passé proche, toujours vivant, et l’initiative qui prenait naissance dans le grand Sud. Le 15 février 1979, Barney Wilen, et aux commandes du Big Band initié par Vincent Seno, avec en première partie : le Jazz Hip Trio de J.B Eisinger et Roger Luccioni.
De cette brève évocation, s’énonce que l’idée de l’action culturelle ne peut se penser que dans une continuité complexe, contradictoire, d’où naissent des ruptures, des chocs en retour. Sa chronique doit se penser dialectiquement comme une tension permanente entre ce qui émerge, ce qui apparemment disparaît, pour resurgir vivifié et renouvelé, quelquefois sous la simple influence du regard et de l’écoute.
Nous sommes ici dans la référence, dans un travail de mémoire, dans la constitution d’un patrimoine commun qui se pense au futur et se conjugue au présent.