Colloque 2001

Les archives de la Marine à Toulon. Leur apport à l’histoire de La Seyne

Vincent Mollet

archiviste paléographe, Conservateur de Service historique de la Marine à Toulon

Le Service historique de la Marine à Toulon (il y a d’autres services à Brest, Cherbourg …) conserve les archives de la Marine nationale en Méditerranée, citant La Seyne dans ses rapports proches et lointains avec la dite Marine.

I - L’inscription maritime

La source la plus évidente est constituée par les archives de l’inscription maritime (série P). Cette administration, appelée aujourd’hui Affaires Maritimes, a été créée par Colbert, dans un but essentiellement militaire. Dès son époque, les gens de mer étaient astreints à des périodes de service dans la marine de guerre ; en échange, ils recevaient des pensions d’invalidité et de retraite. Pour vérifier qu’ils effectuaient leur période et les mois de navigation leur donnant droit à pension, leur carrière maritime commença à être enregistrée en archives. L’administration se répartit la France par quartiers, chacun correspondant à un grand port. Il y a donc eu un quartier de La Seyne, qui comprenait les communes de Saint-Mandrier, Sanary, Bandol, Six Fours, Ollioules et Le Beausset. En 1895 il a été absorbé par le quartier de Toulon. Même si les registres de La Seyne ont encore longtemps été tenus à part, on trouvera donc, au Service historique, les archives les plus anciennes sous « La Seyne » (Note : Sous-série 3P) et les plus récentes sous « Toulon » (Note : Sous série 1P).

Qu’y trouve-t-on ? D’abord de la correspondance (1810 –1939), essentiellement avec le ministère, évoquant surtout la réglementation de la navigation et de la pêche, et des cas particuliers : pensions, brevets … Ceci est prolongé dans les archives de Toulon, par un lot de dossiers thématiques relativement récents (1887-1977), concernant la réglementation, le sauvetage d’épaves, les dégâts causés aux filets, etc… .(Note : Sous-série 1P1).

Providence des généalogistes, les matricules du personnel (1748-1930 pour La Seyne) recensent les gens de mer, par catégories : mousses, novices, officiers mariniers et matelots (on parle à partir de 1865 d’ « inscrits provisoires » et d’ « inscrits définitifs »), capitaines, hors service. Compte tenu du fait que les matricules sont périodiquement renouvelées, on peut trouver la carrière d’un marin répartie sur une douzaine de registres différents ; il y a un système de renvois, et les volumes sont (souvent) munis d’index. Pour chaque marin figurent sont état civil, son signalement et ses différents embarquements avec leurs dates.

On notera que les ouvriers : charpentiers, cordiers, calfats, étaient eux aussi astreints à l’inscription maritime, jusqu’en 1865, et cela s’est prolongé au-delà de cette date pour les mécaniciens et chauffeurs.

L’autre élément essentiel, pour vérifier la carrière des marins, est constitué par les rôles d’équipage des navires de commerce et de pêche (1772-1955 pour La Seyne). Dans le rôle sont inscrits le type de navire et de campagne (pêche, cabotage, etc) parfois les mentions apposées aux principales escales et la liste des membres de l’équipage, avec des renvois à leurs matricules de l’Inscription maritime. Le rôle est établi à l’armement du navire, lorsqu’il est prêt à partir en campagne, et closlors du désarmement, lorsque l’équipage est licencié au terme de ladite campagne - la campagne pouvant durer une saison de pêche pour une petite barque, ou plusieurs années pour un long- courrier. Les rôles sont généralement archivés au port de désarmement, avec parfois un double au port d’armement. On peut donc parfois trouver deux exemplaires, si les deux opérations ont eu lieu dans le même port. Il existe souvent, mais pas toujours, des répertoires - alphabétiques et chronologiques - des armements et désarmements (1836 – 1922 pour La Seyne) qui permettent de repérer plus facilement le bateau que l’on recherche.

On notera que, rôles comme matricules contenant des renseignements particuliers (d’état civil, judiciaires, médicaux), leur consultation est soumise à restriction selon la loi du 3 janvier 1979. Pour un document clos il y a moins de cent ans, il sera toujours nécessaire de demander une dérogation au ministère de la Défense, par notre intermédiaire.

Document plus librement consultable, la matricule des bateaux, registre où des bateaux de commerce, de pêche, de plaisance sont immatriculés, avec indication du type, du propriétaire, des campagnes. A La Seyne, les registres conservés couvrent 1785 – 1961. J’ai parlé de plaisance : à partir de 1873, les bateaux de plaisance forment une catégorie particulière, qui ne tient plus de rôle d’équipage, donc ne figurera pas dans les collections et répertoires de rôles, mais pour laquelle une permis reste nécessaire. On aura donc également des registres de permis (1908 – 1967).

Des registres des entrées et sorties (1856 – 1867 et 1878 – 1939) mentionnent, comme leur nom l’indique, les navires de commerce qui entrent dans le port et en sortent avec provenance, destination et cargaison. C’est ce qui donne l’idée la plus juste du trafic marchand, car les autres documents se limitent aux navires immatriculés, armés ou désarmés à La Seyne.

Enfin, on trouve des documents plus particuliers et plus rares tels qu’un registre des établissements de pêche (1877 – 1958) : viviers et parcs à moules devaient en effet être immatriculés, à la fois pour des raisons d’hygiène et parce qu’ils touchaient le domaine public maritime. Ajoutons que depuis 1913, l’Inscription maritime ne relève plus du ministère de la Marine : actuellement, les Affaires maritimes appartiennent à celui de l’Equipement. Même si, on l’a vu, les quartiers ont versé leurs archives au SHM, très au-delà de cette date, il faudra s’adresser aux Archives départementales pour trouver des documents plus récents. Les matricules et rôles d’équipage les plus récents se trouvent quant à eux à l’Etablissement national des invalides de la Marine (ENIM), à Paimpol.

II – Corsaires

Catégorie bien particulière de marins, même s’ils se recrutent parmi les inscrits maritimes comme les pêcheurs : les corsaires. Les archives qui les concernent essentiellement pour détailler la distribution des parts de prise, se trouvent dans la sous-série 2Q. Celles traitant des corsaires seynois couvrent une période relativement restreinte, mais c’est là qu’il faut aller pour connaître la prise de la Caroline ou de l’Ecureuil pendant les guerres napoléoniennes.

III – Immobilier

Concernant plus directement la Marine nationale, les documents relatifs à l’immobilier. Ne cherchons pas les plans originaux de Balaguier, de l’Eguillette, de Napoléon ou de Peyras : ils ont été construits par le Génie, qui, dès le XVIIIème siècle dépendait de l’armée de terre, et ils ont été remis plus tardivement à la Marine. On trouvera cela au Service historique de l’armée de terre. Il reste à Toulon un registre de plans, daté de 1818 environ, classé dans la série consacrée à la défense des côtes. (Note : Cote AB1).

Il y a par contre, dans les archives de la Direction des Travaux maritimes (série K et archives récemment versées), des dossiers, avec délimitation des parcelles, plans de construction, devis d’immeubles appartenant à la Marine et situés sur la commune : la partie la plus occidentale de la Pyrotechnie, un parc à munitions puis à essence près de l’Eguillette, plusieurs projecteurs de la DCA. Tous les instruments de recherche, en particulier pour les versements récents, ne sont pas disponibles en salle de lecture : n’hésitez pas à vous renseigner. De plus, beaucoup d’archives, concernant des appartenant encore à la Marine (l’Eguillette, Balaguier) ou cédés récemment (le Fort Napoléon), se trouvent encore à la Direction des Travaux maritimes. On n’oubliera pas les règles de communicabilité : un dossier de moins de trente ans n’est pas accessible, sauf dérogation.

Enfin, les archives des Travaux maritimes dépassent le cadre de la Marine nationale, puisque la Préfecture maritime doit apposer son visa à toute demande de travaux touchant le littoral ou les terrains appartenant à la Marine. On a ainsi quelques dossiers de demandes concernant des embarcadères, l’usine de câbles sous-marins de La Seyne, le réseau de distribution d’eau … (Note : Sous-série 2K1, voi aussi les versements récents). En dehors de ces quelques dossiers, la trace laissée par ces travaux dans les archives de la Marine est souvent une simple lettre d’accord ou de refus, qu’on trouvera dans les courriers échangés entre Préfet maritime et Préfet du département. (Note : Série A).

IV – Comptabilité

Les archives du Contrôle financier (série L), comme celles du Commissariat de la Marine, qui gère le budget (série E), ne peuvent manquer d’évoquer les commandes de biens ou de services, effectuées par la Marine. Néanmoins il n’y a pas, par exemple de dossier « commandes aux FCM » : il n’existe que des séries chronologiques de registres de comptabilité (1678 – 1782) (Note : Cotes 1L 253 à 470) et de marchés avec différents fournisseurs (1662 – 1912, par la suite il y a une lacune jusqu’aux années 1970) (Note : Cotes 5 E 176 à 387), et toute recherche implique un dépouillement des années concernées.

Par ailleurs, je parlais plus haut des fortifications. Dans les archives du Contrôle financier, on trouvera les registres comptables du service des Fortifications pour 1679- 1742, avant qu’il soit absorbé par l’armée de terre. Ils sont toutefois peu parlants (« telle somme à Untel pour des travaux de maçonnerie à l’Eguillette …)

V – Construction navales

Concernant plus précisément les Constructions navales, elles aussi ont légué au SHM Toulon une collection de marchés (1824 – 1970) (Note : Sous-série 1G 4), avec cette fois un classement par type de produit. Si l’on trouve chez nous quelques plans disparates, les plans de navires de guerre construits par les FCM seront à rechercher au SHM Vincennes, et, pour les plus récents, avec les autres archives de la DCN, au centre d’archives de l’armement à Châtellerault.

Les archives de la DCN comprennent également les matricules des ouvriers (personnel inscrit de 1736 à 1956), avec là aussi, parfois des index alphabétiques pour un volume (ou un groupe de volumes) et leurs dossiers personnels (à partir de 1900 environ) (Note : Sous-série 2G). Là aussi, on prendra garde aux restrictions de communicabilité.

On l’a vu, ces collections d’archives commencent et cessent d’être tenues à des dates très variables. Elles sont toujours susceptibles de lacunes : plusieurs registres de l’inscription maritime, par exemple, sont en trop mauvais état pour être consultés, et ne pourront être restaurés avant plusieurs années. Enfin, on aurait du mal à y trouver des documents synthétiques. Il faut donc bien définir à l’avance - au besoin en nous écrivant pour se renseigner plus précisément - la liste des pièces à consulter, d’autant que, compte tenu de l’éloignement des dépôts d’archives, elles ne sont communicables en salle de lecture que deux jours après en avoir fait la demande. Tous ces documents offrent néanmoins quantité d’aperçus sur la vie maritime de La Seyne.

Sommaire 2001