Fondé en 1891 (date de la pose de la première pierre), sous l’impulsion conjointe de Michel Pacha et du Professeur Raphaël Dubois, l’Institut Michel Pacha est le seul institut universitaire au monde créé dès l’origine dans le but d’étudier la physiologie marine. Il est bâti selon le style mauresque voulu par Michel Pacha sur un terrain donné par celui-ci à la Faculté des Sciences de Lyon le 10 juillet 1891.
L’Institut Michel Pacha est ainsi, encore aujourd'hui, une annexe de l’Université Claude Bernard Lyon1. Les activités de l’Institut Michel Pacha sont orientées autour de deux axes majeurs : la recherche et l'enseignement.

Dès l'origine, Raphaël Dubois a développé un grand champ de compétence dans tous les domaines touchant à la physiologie marine : de la culture des huîtres perlières au plancton, en passant par les mammifères marins… L'Institut est également connu pour ses études sur la bioluminescence.
Le successeur de Raphaël Dubois, Henry Cardot, a orienté les recherches de la station autour de deux thèmes majeurs : le milieu intérieur et la neurophysiologie des invertébrés marins grâce notamment aux techniques d’électrophysiologie.
Dans les années 60, sous la direction du Professeur Gabriel Pérès, les recherches se sont orientées sur la Physiologie animale comparée (mammifères, poissons, mollusques, crustacés) et les relations entre le déroulement des grandes fonctions, le métabolisme et les facteurs du milieu.
L’actuel directeur Gérard Brichon continue dans ce même domaine de thématique : écophysiologie comparée des animaux aquatiques. Mais les recherches sont dorénavant focalisées sur les réponses physiologiques des animaux marins face aux variations de leur environnement dans un sens très large : salinité, température, alimentation, pollution. L'étude des lipides est par ailleurs devenue la spécialité de ce pôle de recherche, les lipides étant, depuis 1984, connus pour être des molécules signal intervenant dans la croissance, la différenciation et la mort cellulaire, c’est-à-dire la communication cellulaire.
Ces recherches concernant les lipides sont principalement effectuées sur les modèles poissons, crustacés décapodes et mollusques bivalves et cela pour deux raisons fondamentales :
Mais loin d'être exclusivement fondamentales, les recherches de l'Institut Michel Pacha savent aussi se montrer plus appliquées que ce que l'on aurait pu croire. Ainsi, en enrichissant savamment l'alimentation des poissons d'aquaculture en acides gras essentiels (ceux que le corps ne peut synthétiser), il est possible de modifier la teneur en lipides des poissons, et donc d'obtenir chez ces poissons une chair plus saine pour l'alimentation humaine.
L'Institut Michel Pacha assure une activité d'enseignement majeure. Il accueille ainsi depuis plusieurs années des stages de Licence (Biologie des Organismes et des Populations : vie en milieux marins et maritimes) et de Maîtrise (Biologie Cellulaire et Physiologie).
L'Institut Michel Pacha dispose également de structures d'hébergement permettant d'accueillir pendant un mois les étudiants du DEA « Physiologie Intégrée en Environnements Extrêmes » rattaché aux Universités de Lyon1, de Saint-Etienne, de Marseille.
Dans le cadre d'une harmonisation des cursus universitaires européens, l'Institut Michel Pacha espère créer dans les deux ans à venir un "Master professionnel européen : Technologies en Physiologie et Biochimie marines", en collaboration avec sept autres universités européennes et dont les cours seraient dispensés à l'Institut Michel Pacha.
L'Institut Michel Pacha a développé de nombreuses collaborations avec l'I.M.N.S.S.A depuis plusieurs années, à tel point que Gérard Brichon est devenu très officiellement chercheur associé à l'I.M.N.S.S.A. L’une des collaborations entre les deux Instituts concerne "l’étude précoce du traumatisme crânien grave", thématique qui est également le sujet de ma thèse à l'I.M.N.S.S.A.
Ce projet, mené en parallèle chez l'homme et chez l'animal, est principalement focalisé sur la connaissance et l'interprétation des lésions cérébrales post-traumatiques, telles que l'ischémie (arrêt ou insuffisance de la circulation sanguine) ou l'œdème. Ce sont en effet ces lésions qui vont être létales pour le patient traumatisé crânien grave. Le fait que ces lésions se développent secondairement après le traumatisme rend leur prévention possible.
Le Professeur Urban Ungerstedt, membre du jury du Prix Nobel, avec qui notre laboratoire est en contact depuis plusieurs années, a mis au point la canule de microdialyse qui fonctionne comme un véritable vaisseau sanguin artificiel : en fonction de leur gradient de concentration, les molécules vont diffuser à travers les pores de la membrane à l’extrémité de la canule. La technique de microdialyse intracérébrale permet ainsi le suivi dynamique, dans les différentes structures lésées du cerveau, de paramètres biochimiques impliqués dans l'apparition des lésions. Elle permet également l'injection de molécules pharmacologiques.
En 1999, pour la première fois en France, la collaboration entre l'I.M.N.S.S.A.et l'H.I.A. Sainte-Anne a permis d'utiliser cette technique sur des patients traumatisés crâniens graves.
Grâce à l'utilisation de cette technique de microdialyse, cette étude est ainsi subdivisée en deux axes complémentaires : une étude clinique et une étude sur un modèle animal.
Au niveau clinique, afin d'améliorer la survie des patients traumatisés crâniens graves en Unité de Soins Intensifs, l'objectif est double :
Un modèle animal, reproduisant fidèlement l'environnement pharmacologique et thérapeutique des patients traumatisés crâniens, permet par ailleurs d'interpréter les différents résultats obtenus chez l'Homme et d'étudier l'impact de cette médication sur les paramètres biochimiques étudiés. Il offre également l'opportunité d'optimiser les protocoles d'anesthésie et de protection cérébrale et de mettre en place de nouvelles thérapies post-traumatiques.
Dans ce projet, l'Institut Michel Pacha a notamment en charge l'étude du rôle complexe et encore inconnu des lipides que l'on sait fortement impliqués dans le traumatisme crânien.
Grâce à son importante collaboration dans ce projet de recherche novateur, mais aussi grâce aux nombreuses autres collaborations qu'il entretient dans le bassin méditerranéen (par exemple avec l’Institut Paul Ricard) et au niveau mondial avec les universités de Lodz (Pologne), de Liège (Belgique), d’Ottawa (Canada), d’Harvard (USA) et le Shriver Center (USA) etc…, l'Institut Michel Pacha s'inscrit désormais dans une démarche tournée vers l'avenir afin d'élargir encore ses champs de compétence.
Si, comme nous nous en sommes incontestablement rendu compte lors de cette table ronde, la ville de la Seyne-sur-Mer peut être fière de son passé et de son présent maritimes riches en technologies de pointe, l'avenir semble tout aussi prometteur… Et l'Institut Michel Pacha compte bien lui aussi poursuivre sur sa lancée cette aventure…
Emilie CARRE (I.M.N.S.S.A.)