La constitution d’archives orales constitue l’un des objectifs de notre association qui a déjà travaillé sur « Que sont devenus les hommes ? » Après la fermeture des chantiers navals de La Seyne sur mer et qui avait déjà commencé un recueil de la mémoire des femmes immigrées dans notre ville.
Pour les 2 prochaines années, nous avons conçu le projet d’interviewer et de faire interviewer des femmes de La Seyne sur mer ayant eu un lien avec les chantiers navals de notre ville, chantiers qui ont fermé en 1986. Ces chantiers ont fait travailler, pendant 250 ans, des générations d’ouvriers dont beaucoup d’ouvriers immigrés (France, Italie, Maghreb et Afrique noire).
Depuis 1986, les bâtiments industriels ont été détruits à 90% : les outils et les métiers ont disparu, mais aussi les structures collectives qui organisaient la vie des hommes et des femmes. Actuellement La Seyne est en pleine évolution et dans le nouvel espace qui se construit, il manquera la dimension industrielle de la ville. Il nous a donc paru nécessaire de « fabriquer de l’archive », de pallier aux manques de repères par le témoignage oral. Ville industrielle, La Seyne/mer était une ville d’immigration depuis 250 ans. Mais pour ces dernières années, entre jeunes et parents, le transfert de la mémoire, et d’une mémoire prestigieuse, sera difficile, puisqu’il y a absence de lieux de mémoire. Pour pouvoir habiter ensemble le lieu où l’on vit, il faut y avoir ancrages et repères.
L’histoire de l’entreprise « chantiers navals » est vaste et complexe ; nous avons choisi un angle particulier pour la raconter ou au moins pour en garder mémoire et servir de base à d’autres travaux : celui des femmes.
Parce que la parole des hommes des chantiers a été une parole technique, une parole d’atelier et qu’il nous semble que les femmes auront une parole plus intime, et nécessairement plus ancrée dans la vie quotidienne. Cela permettra donc un éclairage de la ville, de l’espace public, des relations humaines. La fierté d’une identité collective passe aussi par les récits féminins : elles étaient, pour certaines dans les Chantiers, mais aussi dans leur maison, sur les marchés, dans les structures sociales, dans les associations. Les femmes interviewées le seront soit, en qualité de salariée de cette entreprise, soit en qualité de « femmes de… ou fille de… ouvriers, ingénieurs, syndicalistes », en portant une attention particulière aux femmes et aux filles arrivées d’Europe ou d’Afrique.
Le projet débutera en octobre 2006 et devrait se poursuivre sur 2 ans de manière à assurer des retranscriptions fidèles, complètes et indexées pour de futures recherches : un an d’interviews et de retranscription, un an pour indexer et fabriquer des CD roms de sauvegarde. Retranscriptions et interviews seront remis aux archives départementales du Var et aux archives municipales de La Seyne/mer. Ce travail de parole pourrait aussi être réécrit pour une représentation théâtrale.
Les interviews seront réalisées par des binômes composés d’adhérents de notre association et d’étudiants (sociologie, ethnologie, histoire…) si possible originaires de La Seyne, si possible issus de l’immigration, (mais pas obligatoirement), parce que nous aimerions que se tisse un lien de découverte, de compréhension sur l’histoire de la ville au travers de la parole de ses habitantes. Ce projet pourra être inclus dans le cursus universitaire ou représenter un stage de formation, après l’obtention d’un diplôme. Ces binômes recevront une formation à l’interview et à la retranscription par les agents des Archives Départementales et une formation historique sur notre ville par des membres de notre association.
Les chantiers navals au féminin (La Marseillaise du 30/05/2007)