Le colloque « Eclats d’Empire » venait clôturer l’exposition qui s’était tenue durant une année au SHM grâce à Corinne BABEIX, bibliothécaire au SHM, et à l’association Portulan (Note 2).
Se tinrent 4 communications :
Dom Pedro II, empereur du Brésil et sócí du Félibrige, par Mme Danielle PINET, enseignante à Aix-en-Provence.
Mme Pinet décrivit les rapports qu’entretint le dernier empereur du Brésil avec Frédéric Mistral.
Homme de lettres et polyglotte, Dom Pedro II fit son premier voyage en France en 1871 et rencontra pour la première fois, en janvier 1872, Frédéric Mistral qu’il complimenta pour ses œuvres. Le poète relata cette rencontre dans l'Armana Prouvençau et le quotidien Le Petit Marseillais consacra toute une série d'articles au Brésil et au séjour de Pedro II en Provence. En 1873, l'empereur devint Sòcí du Félibrige.
Dom Pedro II revint en France par deux fois, et s’y installa après son abdication et la proclamation de la République au Brésil en novembre 1889. En septembre 1891, Frédéric Mistral annonça dans l'Aiòli la publication des Poésies hébraico-provençales du rituel israélite comtadin, traduites et transcrites par dom Pedro, qui reçut pour cet ouvrage le grand diplôme d'honneur aux Jeux Floraux de Carpentras, lors du centenaire de la réunion du Comtat Venaissin à la France. L'ex-empereur du Brésil offrait ce recueil au public, accompagné d'une préface louant la langue des félibres et du « grand Mistral ».
Trois mois plus tard, dom Pedro s'éteignit à l'âge de soixante-six ans à Paris.
Les vaisseaux de l’Empire : constructions navales dans l’Océan Indien aux XVIII et XIXe siècles, par Mme Ernestine CARREIRA, maître de conférence à l’Université Aix-Marseille I, département des études lusophones.
Mme Carreira présenta la ville qui fut la première implantation portugaise en Asie : Goa. La ville devint rapidement la capitale de tout l'empire portugais en Orient : siège de la cour du vice-roi, mêmes privilèges civiques. Goa était l’équivalent de Lisbonne au niveau des constructions navales. Toutefois, si les navires étaient construits sur l’exact modèle des portugais, les matériels d’appareillages (métaux, voiles, etc.) furent importés du Portugal en Asie jusqu’au XIXe siècle.
La production navale de Goa dépassa celle de Lisbonne dès la première moitié du XVIIe siècle, mais dès la seconde moitié du siècle, la production est délocalisée au nord de l’Inde.
Au XVIIIe siècle, sous les coups des Hollandais notamment, l’empire colonial portugais en Océan Indien s’effondra. De plus, Lisbonne s’intéressait plus au Brésil et privilégiait le centre de constructions navales de Bahia, qui produisit même une partie de la flotte destinée à l’Asie.
Au XIXe siècle, Goa n’était plus habité que par quelques prêtres, moines et nonnes.
La navigation de « peuple de l’eau », par Lydie Oiara BONILLA, doctorante en ethnologie au Laboratoire d’Anthropologie sociale, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris.
Melle Bonilla nous fit part de ses recherches sur les Indiens Paumari. Cette peuplade vit, au Brésil, sur le Rio Purus, affluent de l’Amazonie. Les Paumari sont connus comme les « nomades du Purus » à cause de la mobilité de leurs groupes et de leur habitations traditionnelles flottantes. Les Paumari sont un peuple de pêcheurs et ne cultivent que des plantes dont la pousse est rapide étant donné que les terres sont immergées six mois de l’année.
Melle Bonilla insista sur la religion des Paumari, une religion où les Shamans détiennent l’interprétation des symboles et qui met en évidence les liens qui unissent les Paumari, la ville de Manaus et le fleuve Purus. Cette cosmologie met en scène à la fois les traditions des indigènes et les éléments modernes qui affectent leurs vies (notamment les bateaux dits « vapeurs » qui pratiquent le troc avec eux)
Naufrages, torpillages et autres drames de la mer vus par les poètes populaires brésiliens, par Mme Idelette MUZART-FONSECA DOS SANTOS, professeur à l’Université de Paris Nanterre, département d’études portugaises.
Mme Muzart s’est intéressée à la littérature des « cordel » au Brésil, petits livres en vers vendus dans les gares et sur les marchés, et destinés à être lu à haute voix. Elle a voulu savoir quelle était la place de la mer dans les « cordel » à travers les écrits des « folhetos » (auteurs). Ces derniers semblent suivre le sentiment populaire, ce qui paraît en quelque sorte normal étant donné que le « cordel » doit toucher un maximum de personnes pour faire vivre l’écrivain.
Ce furent les deux guerres mondiales qui firent entrer dans ce type de littérature l’élément maritime à travers surtout le sous-marin qui, lorsqu’il est allemand, coule les bateaux brésiliens. D’ailleurs, ces torpillages allemands font à chaque fois basculer le ton résolument pacifiste des « folhetos » vers un ton plus belliciste. Les écrivains narrent les naufrages et les combats navals avec force de qualificatifs pour mieux exprimer la dimension héroïque de leurs récits.
Mme Muzart conclut son intervention en soulignant que la littérature de « cordel » existait toujours au Brésil, qu’elle devenait même un objet de tourisme, mais qu’elle était grandement menacée par la pauvreté qui règne au Brésil, les couches populaires étant les cibles de ces livres en vers.