Ces textes, destinés à une lecture théâtralisée, ont été dits par les élèves de 1ère E.S.3 du lycée Beaussier, sous la direction de leur professeur, Ingrid Marignan.
Je vais invoquer l’Esprit de la Résistance ou plutôt, devrais-je dire les esprits de résistance car les voix sont plurielles, tout comme les chemins de l’histoire sont multiples.
Si l’on s’aventure sur les sentiers du Midi, avant même 1940 qui donne un R grandiloquent au mot français « Résistance » lors de la seconde Guerre Mondiale, il faut évoquer 1851, Décembre 1851 et l’insurrection républicaine dans le Var contre le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte, événement qui figure dans l’œuvre de Zola : La fortune des Rougon. Pour l’écriture de ce roman historique, l’auteur du fameux "J’accuse" s’est inspiré de la presse de l’époque et peut-être du journal républicain "La voix du peuple" où écrivait Langomazino, un ouvrier-poète né à Saint-Tropez qui exprima les maux de ceux qui se tuent au labeur ; car la résistance n’est pas seulement vécue, les armes aux bras mais les outils à la main, comme en témoigne Michel Breil parmi les anciens travailleurs des chantiers navals de La Seyne.
Certains se noient dans le bruit quand d’autres se broient dans l’obscurité silencieuse des cachots, juste là, de l’autre côté de la Méditerranée, là, après le coup d’état du colonel Boumédienne.
J’invoque les Esprits de résistance, ou plutôt les spectres de la résistance, morts pour la Liberté : André Ailhaud, condamné à la déportation après 1851. Honoré d’Estienne d’Orves, arrêté par la Gestapo et fusillé en 1941. Gabriel Péri, fusillé en décembre 1941. Bachir Hadj-Ali emprisonné de 1965 à 1968 et torturé… Et les autres, tous les autres, d’hier et d’aujourd’hui, qui luttent, dans l’anonymat, pour la dignité de l’Homme.
« Citoyens,
Les ennemis de notre jeune République ne cachent plus leurs espérances et leurs coupables projets ; les circonstances sont graves ; il est difficile des prévoir les événements : mais il est permis de craindre des cruelles éventualités.
C’est dans ces moments critiques que les hommes de dévouements doivent faire abnégation d’eux-mêmes et de leur familles, pour se présenter résolument à la brèche.
Dix ans de persécution, sous la monarchie, ne m’ont point fait fléchir, et j’étais à la veille de perdre mon modeste emploi, lorsque l’aurore républicaine a lui : je l’ai salué avec enthousiasme, mais je le dis avec douleur, les résultats n’ont pas répondu à nos espérances : le peuple ne connaît encore, de la République, que l’impôt écrasant de quarante-cinq centimes.
Cependant ma foi ne s’est point attiédie ; la République triomphera et Dieu veuille que, pour son triomphe, nous n’ayons à livrer que des combats de tribune ! Je ne puis m’empêcher d’appréhender des luttes plus terribles. »
Je suis resté avec mes camarades jusqu’au bout. J’aurais pu fuir à Anzin où j’ai été seul dans le bureau avec une bicyclette à la porte ; j’aurais pu fuir à Loos pendant la visite, je ne l’ai pas fait. J’aurais pu sauver ma vie en accusant mes camarades et mon ami, je ne l’ai pas fait. Je ne suis pas un lâche ; j’ai accepté la peine infligée et je vais mourir. Papa et maman, ne me pleurez pas, soyez fiers de moi au contraire. Je meurs jeune, très jeune, il y a quelque chose qui ne meurt pas, c’est mon rêve. Jamais comme à ce moment, il ne m’est apparu plus lucide, plus somptueux, plus près de nous enfin. Il y a quelques années, j’ai eu en moi ce sentiment que je ne le verrai pas, mais qu’il se réaliserait très vite après ma mort. L’heure de mon sacrifice est venue, l’heure de sa réalisation approche.
La bande descendait avec un élan superbe, irrésistible. Rien de plus terriblement grandiose que l’irruption de ces milliers d’hommes dans la paix morte et glacée de l’horizon. La route devenue torrent, roulait des flots, qui semblait ne pas devoir d’épuiser ; toujours, au coude du chemin, remontaient de nouvelles masses noires, dont les chants enflaient de plus en plus la grande voix de cette tempête humaine. Quand les derniers bataillons apparurent, il y eu un éclat assourdissant. La Marseillaise emplit le ciel, comme soufflée par des bouches géantes dans de monstrueuses trompettes qui la jetaient, vibrante, avec des sécheresse de cuivre, à tous les coins de la vallée.
La franchise est mon lot ; je travaille sans cesse
Et le jour et la nuit la misère me presse ;
La misère affamée, aux cris rauques et durs
Précurseurs effrayant des désespoirs futurs.
Je la vois s’avancer lorsque dans la semaine
J’ai manqué du travail quelques heures à peine
Je la vois hérissée, affreuse s’allonger,
M’épiant du regard et prête à m’assiéger,
Alors pour l’éviter il me faut encore
Redoubler de vigueur sur l’enclume sonore,
Me brûler le visage et déchirer ma main,
En tournant dans la flamme, et le fer et l’airain.
Les comités de résistance sont provisoirement investis de tous les pouvoirs, Les juges de paix sont momentanément suspendus.
Les contributions indirectes sont abolies.
Le comité central de résistance recommande à tous les comités de Résistance, comme un de leurs premiers devoirs, de s’occuper entièrement des familles dont les soutiens sont en ce moment des soldats de la liberté. Que dans chaque commune, où les soldats n’auraient pas encore désarmés, ils ne soient immédiatement, en conciliant les exigences de la nécessité avec la générosité qui convient à la force et au droit.
Citoyens, que partout l’activité, l’énergie, la fièvre de la Liberté remplace dans vos cœurs toute crainte et tout découragement. Le succès et l’avenir est dans vos mains, vous les tenez. C’est vous dire qu’ils ne vous échapperont pas.
Dès fin mai, j’ai décidé que, si je devais être fusillé, c’est à toi que j’écrirais pour faire mes adieux, aux amis que j’ai dans la marine.
Continuer la lutte, c’était pour moi suivre la voix qui nous avait été tracée. J’ai cherché le moyen de la faire sous le drapeau français ; je suis parti pour la Somalie. Quand j’ai vu que les opérations y étaient suspendues, j’ai rejoint les Forces françaises libres. Ce que je veux dire, c’est que là, comme les camarades avec qui je me suis trouvé, je n’ai fait que servir la France et cela d’une façon très indépendante. Pour venir en France, j’ai eu à vaincre une opposition très forte, je n’y ai été poussé par personne que par moi.
Je crois avoir, dans tout ce que j’ai fait, servi la France et la France seule. Je pense que mes amis le comprendront, et qu’on voudra bien me considérer comme mort pour Elle. C’est mon plus cher désir.
Vive la France.
O justice ! équité ! vains mots faits à plaisir ;
Mais tout est bien dit-on et douter c’est mourir.
Eh bien ! lorsque le soir sur mon grabat de paille
Je pense à ces maudits qui vont faire ripaille,
Se gorger jusqu’au cou de vins de mets exquis,
Dépenser largement des biens si mal acquis,
Jeter l’or par monceaux et dans quelques journées
Dévorer ce que moi je gagne en vingt années
Je me dis : viles gens, moi, le pauvre ouvrier
Je préfère mon sort à votre vil métier ;
Sur mon front assombri le reflet de mon âme
Traduit le sentiment qui m’anime et m’enflamme ;
Je ne vais point la joie et le délire au cœur,
Feindre avec l’air piteux l’étrange douleur ;
Ou, quand le cœur gonflé, j’étouffe de colère,
Sur ma bouche jeter un sourire éphémère,
Non, non, un masque tel, ne couvre point mon front ;
Arrière les flatteurs ! misère sans affront !
Beaucoup de camarades vous renseigneront sur ce qu’a été notre, ma captivité. Je ne vous la raconte pas. J’en d’ailleurs pas envie. Ce que je veux, c’est vous dire au-revoir. Je meurs sans peur. Encore une fois, la seule chose affreuse, c’est de se quitter. Je serai très forte jusqu’au bout, je vous le promets. Je suis fière de tous ceux déjà tombés, de tous ceux qui tombent chaque jour pour le Libération.
Ma petite Lolo chérie,
Je m’excuse de la peine immense que je vais te causer : je vais mourir. Otage des allemands, dans quelques minutes au maximum, je vais être fusillé. Tu verras, hélas, dans la presse, la longue liste des copains qui, innocents comme moi, vont donner bêtement leur vie.
Sois forte chérie. Tu es jeune encore, ne te laisse pas sombrer dans la tristesse et le découragement. Refais ta vie en gardant au cœur le souvenir de celui qui t’a aimée jusqu’à son dernier souffle. Elève notre fils chéri dans l’esprit qui fut celui de toute ma vie, qu’il devienne un homme libre, épris de justice, attaché à la défense des faibles, ce sera la meilleure vengeance.
Châteaubriant, le 22 octobre 1941.
Ma petite maman chérie,
Mon tout petit frère adoré,
Mon petit papa aimé,
Je vais mourir ! Ce que je demande, à toi en particulier petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup, qu’il étudie, qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demie, ma vie a été courte, je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous.
« Vagues souvenirs noyés dans l’écume,
Le temps des tôles rivées, du travail forcené.
Les visages ridés de n’avoir que Dimanche
Pour aller flâner.
A la nuit tombée, au sortir des chantiers,
La lune sur la place accompagnait les rêves
Des travailleurs fatigués. »
Une dernière fois, j’ai fait mon examen de conscience : il est très positif. C’est cela que je voudrais que vous répétiez autour de vous. J’irais dans la même voie si j’avais à recommencer ma vie.