Cahiers septembre 2005

Marie-Thérése Pinkas

1717, triste année pour les enfants !

Mois de mariages, moins de naissances, plus de décès chez les enfants.

c’est en parcourant les registres paroissiaux de notre commune* que les chiffres des mariages, naissances et décès nous ont paru tout à fait inhabituels en 1717, en particulier concernant les décès des enfants. Les voici, dans le contexte des années proches, que l’on peut considérer comme des années « normales ».

annéesmariagesbaptêmesDécès
«grands
corps »
«petit corps»
A partir
de 8 ans
Jusqu’à
7 ans
1715291671457074
1716201371145755
1717129321255157
171828153985941
1719341211036439

Décès des enfants

mois171617171718
+ 8 ans- 8 ans+ 8 ans- 8 ans+ 8 ans- 8 ans
Janvier945563
Février755990
Mars236843
Avril1463521
Mai362651
Juin333337
Juillet343536
Août563877
Septembre4581274
Octobre2274805
Novembre4565192
Décembre7221442

La hausse de la mortalité ne concerne que les enfants ( lesquels deviennent « grands » à partir de huit ans..) ; elle augmente en septembre et décroit en décembre. Aucun commentaire sur les actes de décès : la mort est familière , les maladies en cause ne sont pas nommées sans doutes parce que « banales » mais diverses affections contagieuses étaient redoutables : rougeole, variole, fièvres , choléra morbus…font de terribles ravages. La médecine est impuissante, chez les puissants et encore plus chez les misérables : « …ici aucun enfant n’est en sureté : les docteurs ont déjà expédié dans l’autre monde cinq des enfants de la reine. » écrivait en 1672 la Princesse Palatine, « ils n’ordonnent d’autres remèdes que les saignées, les purgations, les lavements, les eaux et le lait d’ânesse… » et en août 1719 : « c’est affreux de voir combien meurt de monde.. » (Note 2).

A la Seyne, parmi les morts : Louis Daniel de Lery, quatre ans, fils de noble Louis, pas mieux soigné que les autres , les deux enfants d’Esprit Curet, huit et deux ans, ceux de Pierre Julien, deux et quatre ans…..

Mais la cause principale de cette terrible mortalité, de la baisse du nombre des mariages et de celui des naissances, est certainement la misère

Les dix dernières années ont été calamiteuses : 1707, Toulon est assiégé et les armées ennemies ravagent les campagnes. 1709 un hiver terrible, tout gèle, oliviers, vignes, récoltes.

On meurt de faim.

Toulon (donc La Seyne, pas plus prospère..) connaît la famine, car l’activité du port militaire est réduite, et par manque d’argent, et par la fin de la guerre de succession d’Espagne.

(en 1716) « …..la mortalité nous a enlevé depuis six mois quatre vingt douze charpentiers, calfats et perceurs par le défaut de subsistance » (Note 3)

(en 1717) « …le retard dans le paiement achève de réduire les ouvriers et donne tous les jours occasion à ce que nous avons ici de meilleurs d’aller dans les pays étrangers. » (Note 2)

Les assemblées des Conseils de la Communauté réunis régulièrement (Note 1) doivent faire face à ces insolubles difficultés matérielles et aux dettes « pour les impositions du Roy ». Mais silence sur ce désastre qui ne concerne que les enfants et le chagrin des familles dans les délibération d’octobre, de novembre 1717. Le dernier conseil de l’année propose d’adjoindre au « maître et régent des écoles publiques pour enseigner aux pauvres de ce lieu » un adjoint qui devra partager la rétribution du Sr Baudenat….il sera « tenu de mener et conduire tous les jours d’école tous ses écoliers à la dernière messe qui se célèbre ordinairement à l’Eglise paroissiale de ce lieu à l’heure de dix du matin et tous les dimanches au catéchisme et doctrine qui se fait après midi… »

Triste année pour les enfants !

Notes :

  1. Archives municipales, La Seyne.
  2. Llettres de la Princesse Palatine Ed. du Club Français du Livre
  3. Toulon port Royal de Michel Vergé-Franceschi. Ed. Tallandier.
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