Remontons aux temps antiques avec le site d’Olbia : les Grecs y implantent un port de commerce florissant. Plus tard, christianisée, Hyères devient une cité médiévale aux vestiges éloquents. Puis quelques siècles plus tard, elle se transforme en une véritable « colonie anglaise » où le terme « côte d’azur » est inventé, et enfin, dominant la ville, entourée de jardins en restanques, la villa Noailles marque l’entrée dans une autre époque : la nôtre.
Suivons notre guide et bouleversons le fil du temps. Les boulevards qui ceinturent la vieille ville sont le témoignage de la cité climatique. A la suite d’un Lord anglais, tombé amoureux de la région et de son doux soleil hivernal, beaucoup de ses compatriotes invertissent les lieux, métamorphosant la vieille cité agricole : banques, écoles, commerces, église ... Tout est anglais ! Des villas, de petits immeubles de style éclectique, typique du 19ème siècle viennent orner ces nouveaux boulevards. La reine Victoria peut donc honorer de sa présence cette station à la mode. Bien que sa villégiature n’ait duré que six mois, tous les Hyérois ont entendu leurs anciens évoquer les promenades en calèche de la souveraine...
Poursuivons notre visite et comment ne pas goûter au charme de la petite cité médiévale. Nous y pénétrons par la porte Massillon, un Hyérois célèbre devenu évêque et proche de Louis XIV. Les petites rues commerçantes et animées qui grimpent sur la colline deviennent plus calmes, mais toujours ombragées et fleuries. Elles y portent les jolis noms de rues des Savonneries, du Repos (la bien nommée puisqu’elle conduit à l’ancien cimetière) qui dissimule un lavoir à l’ancienne et encore en activité ! La montée est rude, et oui, il faut bien gagner son paradis ! Nous voilà sur la place de la Collégiale avec son petit air renaissance : un magnifique panorama nous réconforte de nos efforts. Puis par les jardins Saint Bernard, nous quittons le passé pour le présent avec la villa Noailles.
Nous sommes vers 1920, le comte et la comtesse de Noailles, amateurs d’art, souhaitent faire construire une demeure afin d’y tester une nouvelle façon d’ « habiter » adaptée aux changements de mode de vie et de mentalité. Ils font appel à un jeune architecte, Robert Mallet-Stevens pour concevoir une villa expérimentale en quelque sorte.
Les propriétaires, passionnés d’avant-garde artistique encouragent leur architecte dans l’utilisation de matériaux nouveaux et, s’inspirant du Bauhaus, imposent une nouvelle conception de l’art.
Les peintres se veulent artisans et l’art plus sociable. Leurs attentes seront comblées : un jardin cubiste, des lignes pures et géométriques vont créer de nouveaux volumes en révolutionnant l’habitat qui s’adapte à une nouvelle façon de vivre. Autre révolution, désormais on prend soin de son corps : une piscine est donc indispensable, mais aussi une salle de sports. « Quels originaux ces Noailles ! » On peut imaginer ce genre de réflexion et bien d’autres...
Certains visiteurs devaient rester bouche bée devant un placard, « garde-toiles » qui pouvait s’ouvrir sur une toile de ... Picasso. Hélas, le temps des vicissitudes arrive, passons sous silence la longue période de déclin au cours de laquelle cette demeure a été abandonnée et vandalisée. Désormais restaurée, elle témoigne de la clairvoyance de deux riches mécènes et d’une restauration longue, mais réussie.
Sur la terrasse de la villa, les murs de béton encadrent un tableau vivant : Hyères et ses îles d’or.