Cahiers avril 2004

Corine Babeix

Rencontres d’Averroès : 7-8-9 novembre 2003 à Marseille

Les Rencontres d’Averroès sont publiques et gratuites. Elles se déroulent chaque année au Théâtre de la Criée à Marseille, et, cette dixième édition s’intitulait : « Colonialisme et post-colonialisme en Méditerranée ».

Je n’ai pu, faute de temps, assisté qu’à la première table ronde animée par le concepteur des Rencontres, Thierry Fabre. Entouré de trois historiens et d’un philosophe, il a essayé de faire émerger une réponse à la douloureuse question : « Qu’est-ce que le colonialisme ? ».

J’avoue avoir eu un peu de mal, au début, à saisir le sens du débat pour comprendre très vite que cette gêne venait du fait qu’il est difficile de définir le colonialisme autrement que comme un double langage, une énigme.

Nous n’avons pas réglé notre rapport à ce passé et nous sommes toujours à la recherche d’une mémoire équitable. Et ce croisement entre histoire et mémoire s’établit sous le signe de la friction car il s’agit de faits encore récents.

Mais alors, le colonialisme, qu’est-ce que c’est ?

« L’art de convaincre les noirs qui marchent tout nu d’acheter des parapluies » et d’accéder ainsi à la modernité ? Car le fait colonial est imbriqué dans la modernité, le colonialisme n’est qu’une figure particulière de la mondialisation. C’est l’aventure des grands états européens au nom de leur supériorité raciale (entendez les accents racistes des discours des hommes politiques de l’époque) et de leur civilisation (on s’appuie sur le savoir qu’on dit bouloir apporter pour légitimer la conquête).

L’Europe, qui se veut source de connaissance, va faire de l’autre un sujet d’étude (pensez à l’égyptologie).

La domination n’exclut pas les échanges. La société colonisée va se transformer. Toute l’ambivalence du colonialisme est là, tout fait colonial est destruction et éveil. La colonisation est aussi réveil culturel.

Aujourd’hui, les historiens marocains jettent un regard serein sur la période du protectorat français, sans haine, sans ressentiment. Leur sentiment est différent pour les Espagnols que les Français ont remplacé grâce à une « pénétration pacifique », la politique coloniale du maréchal Lyautey visant à imposer le respect à l’égard des Marocains. Ce que les Espagnols n’ont pas su faire.

D’une question naît souvent une autre question : « Qu’est-ce qui peut exister après le colonialisme en Méditerranée ? »

Pour y répondre, il faudra s’envisager comme l’autre de l’autre.

Les Rencontres ne s’inscrivent pas sous le signe de la facilité ou du consensuel, c‘est certainement ce qui en fait leur force et donc leur succès. Cette table ronde, menée par des professionnels qui ont toujours dépassionné le débat pour le faire progresser, a été enrichissante et éclairante sur bien des points. Puisent les prochaines Rencontres être du même niveau, car, pour sûr, moi j’y retourne.

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